l’amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder

L'Amour dure trois ansEn voyant le public dans la salle du cinéma, l’évidence s’est imposée à moi comme la redevance à ma télévision : je n’allais pas voir un film de zombies. Le nombre de couples et de jeunes filles groupées et pépiant, lycéennes ou jeunes étudiantes, laisse entendre que beaucoup y sont allé(es) après avoir lu le livre homonyme. Pas moi, mais je ne suis pas sûr qu’il fallait.

490 cents…

…pour un film qui fait beaucoup penser à 99 francs, d’après un bouquin du même auteur. L’humour est le même, noir mais consensuel, aux ressorts faciles mais aux termes recherchés. Le thème aussi est assez semblable, superficielle dérision de la superficialité des choses modernes. C’est enfin inspiré de la vie de la même personne (de ce qu’on m’en a dit) qui est le réalisateur de ce film. Beaucoup de point communs donc, les principales différences étant l’intrigue, le réalisateur et les acteurs.

Il s’agit ici d’une comédie romantique, qui suit à la lettre les différentes étapes des classiques américaines, avec un séquencement je t’aime pas, je t’aime, je t’aime plus tout ce qu’il y a de plus classique, sans parler de la fin qui embrasse le cliché jusqu’à la glotte. C’est peut-être un peu moins niais que les films de Katherine Heigl mais pas beaucoup moins prévisible. Oui c’est vrai, cette fois c’est l’homme à gros pif  qui cherche l’amour de sa vie et non la femme au joli minois, mais on ne peut pas dire que cette différence change la face du monde.

J’ai beaucoup ri ceci dit, à l’unisson avec la salle, le ton reste très léger tout du long, toujours comique, un peu sarcastique. L’intérêt n’est clairement pas l’histoire d’amour, ce sont les bons mots (de Frédéric Beigbeder), les scènes cocasses (de Frédéric Beigbeder) et l’acharnement sur Marc Levy (continuel). On y sourie toujours de bon cœur, on y ri souvent. Les blagues courtes sont les meilleurs et jamais le film ne s’appesantit sur une scène sans inclure un détail comique. De ce point de vue c’est un boulot très correct.

le film dure une heure et demi

Et c’est pas plus mal car s’il est drôle il manque dramatiquement de croquant, de texture.

Les deux acteurs principaux sont certes sympathiques mais ressemblent plus à des marionnettes. Dans 99 francs Jean Dujardin incarnait un personnage, ici Gaspard Proust récite le texte de Beigbeder comme celui-ci pourrait le faire sur un plateau de télévision, avec une ressemblance physique assez frappante. Pourquoi en plus d’écrire et de réaliser le film celui-ci n’y a-t-il pas joué son rôle ? Quant à Louise Bourgoin, elle est très  mignonne mais semble aussi un peu forcée, pas très inspirée.

Le décalage apparaît surtout quand Valérie Lermercier arrive sur scène, dans un intérieur de bureau très quotidien, et allie à un texte décalé un talent réel, déclenchant le premier grand rire du film. Même Joey Starr incarne mieux son personnage secondaire (dont j’ai beaucoup apprécié les péripéties finales, pour le coup inattendues) que les deux acteurs principaux.

Sans surprise la mise en scène ne brille pas non plus. Pas particulièrement imaginative elle aligne scène après scène comme une succession de sketchs. Rien de rédhibitoire toutefois, le but du film est d’amuser (en tout cas j’espère, sinon c’est raté, à part s’il s’agit de faire de la pub à Beigbeder) et il y réussit sans sortir les gros moyens. C’est léger, amusant, par moment vraiment drôle, ça se regarde bien sans trop en attendre, sans profondeur mais sans ennui.

The Artist

The ArtistL’idée de base ne m’avait pas convaincu (Chantons sous la pluie j’ai déjà donné) mais en ayant eu de nombreux retours positifs je me suis décidé à y jeter un œil. Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de ce film, il conte l’histoire de Georges Valentin, un acteur de film muet confronté à la réussite des films parlants à la fin des années 1920.

~~ « Qui est cette fille ? » ~~

L’acteur renommé et sa petite moustache, sa femme aigrie et ses milliers de tenues, la jeune débutante avec un sourire lumineux, le producteur cigare vissé au bec, le fidèle majordome, tous les personnages sont déjà vus. Il s’agit d’archétypes assumés de l’époque, connus et reconnus, interprétés comme tels, avec force mimiques et gestes les identifiant clairement. Les acteurs sont à mon goût impeccables, Jean Dujardin brillant, incarnant parfaitement ces clichés, on pourrait souvent les confondre avec des acteurs d’époque.

L’histoire est du même tonneau : déjà vue. Plus que d’un scénario classique il s’agit d’un conte : peu de surprises, le spectateur sent bien venir les rebondissements mais l’empathie pour les personnages est particulièrement soignée. Au final on nous raconte une histoire sur un type qui se retrouve marginalisé quand son métier disparait, pas inintéressante pas révolutionnaire non plus, mais très prenante. C’est peut-être la limite de l’exercice de style qu’est ce film ? Il ne doit guère être facile de mettre en œuvre une intrigue très complexe sans dialogues.

~~ « Mais pourquoi tu ne veux pas parler ? » ~~

En effet sa forme est le second (après les acteurs) atout du film. Parlant d’un acteur de film muet, il s’agit bien d’un film muet en noir et blanc. Techniquement la reconstitution est excellente. Les acteurs surjouent plus ou moins légèrement pour compenser l’absence de dialogues, le décor des films des des années 20/30 est très bien rendu, quelques cartons illustrent les dialogues, même la musique quasi-omniprésente rappelle les films de Chaplin. Certainement le réalisateur maîtrise les codes de son pastiche. Surtout il ne se restreint pas à faire un film muet sur les films muets mais fait un film qui a son intérêt en tant que tel.

Le fait qu’il soit muet donne d’ailleurs un effet intéressant : ni les dialogues dont seuls les plus importants donnent lieu à carton ni la musique purement symphonique ne distraient le spectateur de l’image, ici très dense. La scène de retrouvailles dans l’escalier du producteur aurait pu n’être qu’un flirt, elle devient un jeu complexe sur les expressions des visages et les mouvements de foule. Celle dans la maison désertée sous la pluie n’est pas qu’un dialogue triste mais une suite de vignettes presque expressionnistes montrant de la manière la plus crue, à coup de plans, contre-plans et rayons de lumière la solitude de Georges Valentin.

Le réalisateur se permet aussi de nombreux clins d’œil, soit des allusions plus ou moins discrètes au fait que le film soit muet (panneaux « silence » astucieusement disposés, refus de certains personnages de parler, séquence du rêve, personnages n’entendant pas un bruit évident à l’image), soit des clins d’œils à d’autres films (Vertigo, les films de Fritz Lang, Chantons sous la pluie, etc.). C’est souvent amusant, introduisant un effet comique qui avec l’humour burlesque de certaines scènes (le chien mérite un César !) allège le récit dont le fond est bien mélo, faisant franchement rigoler par moment.

~~ « Les gens aiment me voir, pourquoi voudraient-ils m’entendre ? » ~~

Mais le trait le plus frappant est que malgré l’absence de dialogues et de bruitages je ne me suis ennuyé à aucun moment. Il se passe en permanence quelque chose à l’écran, les plans parfois insistant sur tel objet, tel personnage, s’arrêtent bien avant que ne vienne l’ennui. La caméra bouge beaucoup, d’une façon pour le coup plus moderne que ses modèles passés où les contraintes techniques la forçaient plus statique. De même le jeu physiquement très expressif des acteurs fait qu’un minimum de texte est nécessaire pour bien suivre la progression de l’intrigue.

Je me demande tout de même pourquoi les textes sont en anglais (sous-titré français) dans les copies diffusées en France ? L’effort pour les traduire aurait été mineur, et ceux des films l’étaient généralement, bizarre. À part ce détail étrange j’ai été complètement conquis par le film, très émouvant. Il ne faut certainement pas relancer la production de films muets, The Artist doit rester une exception. Mais c’est une exception remarquable en ce qu’au-delà de l’expérience (un film muet au XXIe siècle) il est un film très agréable à regarder, pas juste une comédie burlesque ou un pastiche.

Midnight in Paris (Minuit à Paris)

Midnight in Paris (Minuit à Paris)J’avais mis le dernier Woody Allen sur ma liste des films à voir, c’est maintenant chose faite, en VOSTF d’ailleurs. Une petite comédie sentimentale ça ne fait jamais de mal, et même si il n’est pas toujours très inventif Woody Allen connaît bien son métier.

Sous le ciel de Paris…

Le pitch est très classique. Un jeune couple d’américains se rend à Paris pour voir la famille de la demoiselle, Inez, et satisfaire aux envies romantiques du jeune homme, Gil, écrivain de son état. Alors qu’elle préfère les fêtes et les soirées, lui cherche l’ambiance du Paris des Années folles, son âge d’or rêvé depuis la Californie.

Évidemment plus ils s’immergent chacun dans leur milieu plus ils divergent dans leurs visions du futur commun. Une touche de fantastique apparaît quand Gil, pris en pleine nostalgie des années 20, se voit accosté dans une rue de Paris par un couple de cette époque. Il va alors passer ses journées dans le Paris moderne, ses nuits auprès des surréalistes et des américains venus chercher inspiration et conseil au Paris des années folles.

Un festival de références culturelles

Interviennent en vrac Dali, Hemingway, Man Ray, Buñuel, Picasso, F. Scott Fitzgerald et pléthore d’américains expatriés à Paris. Si certaines références ne seront pas obscures pour des français, on sent tout de même qu’il s’agit d’un film américain à l’accent mis sur Gertrude Stein, T. S. Eliot ou les époux Fitzgerald, personnages méconnus par ici, ne faisant pas, à la différence des autres pointures de l’époque, partie de nos programmes scolaires.

Il ne s’agit pas que de clins d’œil, comme on pourrait s’y attendre, mais bien de personnages à part entière. Dali, Picasso et surtout Hemingway occupent le champ assez longtemps pour dresser un portrait fait de clichés bien reconnaissable, permettant au spectateur de les identifier et cerner rapidement, et d’interactions avec le personnage principal. Chacun très bien interprété, avec un texte souvent assez second degré pour qui connaît leurs œuvres, ils sont un plaisir à regarder.

Reculer pour mieux avancer, ou trois petits pas de lapin en arrière suivis d’un bond de rhinocéros géant en avant

Mais ce voyage temporel n’est pas qu’une fantaisie d’auteur, c’est la manière pour le personnage principal de creuser son envie nostalgique qui le fait rêver d’un âge d’or passé, de soigner sa nostalgie d’une époque où il n’était pas encore né. En se confrontant à ses idoles artistiques il va comprendre, trouvant sans chercher vraiment, ce qui lui manque, pourquoi sa vie ne le satisfait pas. Facilité d’écriture pour Woody Allen, le héros se veut romancier, permettant de suivre dans l’avancée de son livre ses errements intérieurs.

Owen Wilson m’a surpris. Je le connaissais surtout pour des comédies plus ou moins drôles, dont un certain nombre avec Ben Stiller. Il joue mieux que ce à quoi je m’attendais, de beaucoup (à la différence d’une certaine Carla B., assez coincée je dois dire). Parfaitement à l’aise dans son rôle de touriste perdu dans son rêve, il hésite, tente, essaie toujours avec un grand naturel. Il rend son personnage merveilleusement sympathique alors qu’il aurait pu être, mal joué, profondément énervant.

Ce film est très loin de l’atmosphère trouble et complexe de Scoop ou Match Point. C’est une bluette amusante, fort bien faite, avec de très belles images, par un professionnel du genre. Certainement pas la plus grande œuvre de Woody Allen, ni la plus originale, elle n’en est pas moins distrayante et suffisamment malicieuse pour passer un très bon moment.

Le Chat du Rabbin

Le Chat du Rabbin (le film)N’ayant lu quasiment que du bien de ce film j’ai eu envie de voir ce que ça donnait sur grand écran et me suis donc dépêché, vu qu’il ne passait plus dans ma ville que dans un seul cinéma. N’ayant pas lu la bande-dessinée d’origine je ne saurais dire si il s’agit d’une bonne adaptation, je peux tout de même assurer qu’il s’agit d’un film un peu étrange.

Un chat et un rabbin sont dans une autochenille

On y suit les aventures du chat du rabbin Sfar, comment n’importe qui aurait pu le deviner. L’idée n’est pas mauvaise, cela fait un personnage auquel le spectateur peut parfaitement s’identifier, et dont la présence n’est nulle part étonnante, permettant de bien suivre ce qui se passe tout en ayant un regard externe sur la petite famille juive séfarade qui est mise en scène.

Découpé grosso modo en deux parties, à Alger et dans la cambrousse africaine, le chat et son rabbin vont vivre différentes aventures, faire des rencontres exotiques, parler de tolérance et de religion. C’est à mon avis le principal problème du film : il manque une intrigue centrale. Ça part dans tous les sens, aucune scène n’est à jeter, mais il manque un trait d’union autre que les personnages. En l’état c’est plus une tranche de vie et un carnet de route qu’une véritable histoire avec un début et une fin. La fin est d’ailleurs un peu abrupte, arrivant surprenamment tôt.

Oh non… Pas encore une « ode à la tolérance » ?

Et si… Hélas on sent encore venir la guimauve et les bons sentiments à l’américaine façon téléfilm France 2, ou le ratage à la manière du Goût des autres où la tolérance des personnages est loué quand ils acceptent une différence qui fait semblant d’être comme eux. Ce n’est pas un film à histoire, c’est un film à thème, ici celui de la tolérance religieuse, mis en scène dans le milieu séfarade algérois des années 30.

Ce film m’a surpris. En bien. Car il a évité tout ces écueils pour donner une parabole cette fois intelligente sur ce thème rebattu. On y parle beaucoup, de la religion notamment, et on y voit différentes attitudes face à celle-ci et à celle des autres, sans pour autant asséner de message. On est certainement plus dans la réflexion sur le thème, mis en scène dans différentes situations (égalitarisme bureaucratique, racisme ordinaire, fanatisme religieux, paradis perdu dans la montagne, etc.) sans arriver à vraiment dégager une solution idéale.

Une narration et un humour au poil

(Oui, elle est facile.)

Ce n’est pas naïf, ce n’est pas dégoulinant, c’est au contraire très réaliste et toujours nuancé. J’ai beau réfléchir je ne vois pas vraiment de « méchant » ou de « bon » qui serait mis en exergue dans ce film. Il y en a de plus ou moins bons et méchants, de plus ou moins sages et idiots, mais aucun qui soit simpliste. La scène chez les berbères fanatiques religieux est de ce point de vue très intéressante, le montage alternant entre des visions positive et négative des personnages rencontrés, montrant bien que tout n’est pas aussi simple qu’Hollywood le dit.

C’est même par moment très drôle, le chat étant entre autres un personnage comique, avec un œil extérieur qui s’attache à détailler les incongruités des comportements de ces maîtres. La scène avec le maître du rabbin est pour cela excellente, tournant le personnage en ridicule, quand face à un chat qui parle il tente de justifier ses préjugés, ne pouvant en tant que vieux maître se déjuger d’une opinion qu’il a déjà émise. Mention spéciale aussi à la rencontre avec un jeune reporter belge venu visiter le Congo, qui replace parfaitement le spectateur dans la mentalité coloniale de l’époque qu’on pourrait sinon perdre un moment de vue.

Une patte graphique très féline

S’agissant d’animation, je me dois de dire qu’elle est dans l’ensemble assez réussi. Le style graphique est celui de Sfar, pas réaliste, quelque peu stylisé, mais très détaillé, très texturé. L’animation est toute en légèreté, parfois cependant un peu brouillonne, manquant de finition. Cela n’enlève rien à la beauté des dessins, toujours réussis. C’est peut-être moi mais j’ai eu l’impression que les scènes de nuit dans le désert étaient inspirés de Van Gogh et de ses nuits étoilées

On peut d’ailleurs apprécier le talent de dessinateur de Sfar durant le générique de fin, défilant devant des esquisses des personnages, et plus particulièrement de la fille du rabbin. Je n’ai aucune idée de ce que la 3D peut apporter sur ce genre de film sinon un mal de tête. Peut-être l’impression plus importante d’avoir différents plans bien séparés ? En tout cas cela ne m’a pas du tout tenté, et la version classique en 2D s’en passe parfaitement.

Hormis la fin, expédiée, bâclée même à mon avis, je n’ai rien à reprocher au film, tout au contraire j’ai été séduit pendant une bonne heure et demi. Léger, drôle et intéressant tout à la fois il fait passer un très bon moment, montre de belles images et au passage qu’on sait faire de l’animation de grande qualité en France même si on n’a pas forcément le débit des grands studios américains ou japonais.

 

 

X-Men : Le Commencement

X-Men : Le CommencementLe grand patron de Marvel l’a dit haut et clair : s’ils produisent des films, c’est avant tout pour promouvoir leurs franchises de bandes-dessinées. Cela se voyait d’ailleurs assez bien dans X-Men 3, le film n’étant qu’un prétexte pour montrer un maximum de mutants usant de leurs supers-pouvoirs. Ayant eu de bons retours dessus, et n’étant pas contre débrancher mon cerveau de temps en temps, je suis allé voir cette préquelle aux précédents films, montrant la création des X-Men.

Tiens, il y a des personnages ?

J’ai donc été tout surpris de trouver dans les personnages principaux de ce film plus qu’un archétype et un super-pouvoir. Oh certains ne sont bien que ça, mais Xavier (le Professeur X) et Erik (Magneto), même Sebastian Shaw et Raven (Mystique) par moment, vont au-delà de leur simple rôle narratif. C’est presque perturbant pour un film Marvel ! Chacun fait preuve d’humour, dans son propre registre, souffre, essaie de définir le futur qu’il souhaite. On les voit d’ailleurs évoluer, passant du statut d’individus doués à celui de leaders.

Évidemment les mutants sont à part, servant de métaphore du racisme dans ces années 60 pas si loin de nous. Le message moral n’est au final pas aussi ambigu qu’on pourrait le souhaiter, mais la position de chacun, d’abord plutôt égoïste, restreinte à soit (Erik, Hank) ou sa famille (Xavier et Raven), évolue peu à peu pour inclure une vision du monde, et du statut du mutant (la minorité) par rapport à l’homo sapiens (la majorité) avec un panel mine de rien bien fourni, chaque position illustrée par un personnage, leurs interactions faisant évoluer ou cristallisant leurs positions.

En plus il y a une histoire !

De la même manière que les personnages ont été développés au-delà de ceux du film de super-héros moyen, l’histoire a visiblement bénéficié d’une attention particulière. N’étant pas un fin connaisseur des comics papier, je ne peux que supposer qu’il s’agit à la base d’une version cinéma d’un ou plusieurs comics déjà publiés par Marvel. Ceci dit il en allait de même pour les autres films des X-Men qui s’étaient révélées de simples prétextes à combat. Ici à peine quelques combats, les différents mutants montrent bien leurs pouvoirs, mais c’est parfaitement intégré à l’action et aux dialogues.

Le seul combat d’importance, la seule scène d’action impressionnante, arrive d’ailleurs à la fin du film. Cela laisse pas mal de temps pour approfondir les intentions de chaque partie, pour une fois amenées pas à pas et non par un grand méchant soliloquant. C’est bien le conflit de ces intentions, pas aussi manichéennes qu’on le pense au début, qui fait avancer l’intrigue, qui est donc bien intégrée avec les passifs des différents personnages. Il y a bien sûr des points faibles (un seul général pour lancer une guerre mondiale en URSS ou aux USA ?!?) et la complexité n’approche malgré tout pas celle d’Inception, mais c’est bien pensé, cohérent et bien illustré.

Des supers-pouvoirs amènent-ils des supers-responsabilités ?

L’humour est lui aussi bien présent, que ce soit par certaines situations assez burlesques ou un nombre impressionnant de clins d’œil aux X-Men. Par exemple la scène avec Wolverine que Xavier et Erik viennent chercher dans un bar miteux a fait rire toute la salle. Le running gag des cheveux de Xavier est aussi mine de rien assez subtil, j’ai réalisé par la suite que certaines occurrences plus discrètes m’avaient échappées, mais bien parsemé tout le long du film pour l’épicé et alléger une ambiance souvent assez pessimiste.

Tout cela reste évidemment très politiquement correct, comme tous les films Marvel. Mais pour une fois les dialogues ne servent pas que d’interludes entre des déchaînements de pouvoir, l’humour est vraiment drôle et les personnages mutants réfléchissent et ne se contentent pas d’avancer les uns vers les autres en utilisant leurs pouvoirs jusqu’à ce que l’un cède. C’est bien une réussite, le meilleur film Marvel depuis longtemps, qu’on pourrait même conseiller à ceux qui ne sont pas amateurs de ce genre de spectacle.

Very Bad Trip 2

Very Bad Trip 2Le premier Very Bad Trip était amusant. Au-delà de la traduction douteuse (le titre original est The Hangover, traduire de l’anglais en anglais plus simple c’est d’un goût…) il ne prenait pas la tête, recyclait agréablement des clichés, et utilisait bien son procédé scénaristique : la découverte après coup des aventures d’une nuit de cuite.

Bangkok ? De la drogue, des moines…

A Las Vegas tous les délires étaient à base de tigres sympathiques et de bébés vagissants. A Bangkok on ne trouve guère que des moines et de la drogue. Tout de suite c’est moins drôle. Le singe est bon, pas pour rien qu’il est au milieu de l’affiche, bien utilisé, mais autour ça surnage à peine. Même la bande-son, pourtant déjà pas formidable mais bien entrainante, est plusieurs crans en-dessous.

Bangkok ne vous fera plus rêver après ce film, c’est certain. Autant Vegas est présentée comme une ville de folie douce, autant la capitale thaïe est dangereuse, violente. Là où auparavant les cabrioles des protagonistes ne prêtaient pas à conséquence ou du moins leurs aventures potaches apparaissaient comme devant avoir une issue heureuse, ici leur vie est en jeu, sans pour autant aller jusqu’à un humour noir assumé. C’est bien moins léger, moins amusant du coup aussi.

Qu’est-ce qui fait vendre ? Le sexe et la drogue !

Le script est le même que le précédent, à peu de choses près, en plus trash. Les mêmes scènes, la même intrigue, les mêmes personnages, sans parler des ressorts scénaristiques, attendus à des kilomètres. Alors pour se démarquer un peu du premier les producteurs ont choisi d’en rajouter dans l’ordurier et le glauque.

Le temps est glauque, les lieux visités sont glauques, les personnages rencontrés sont glauques (et parlent tous anglais, quand ils parlent), tout en essayant de garder un peu d’humour, celui d’un corps de garde. Les acteurs ne sont pas mauvais pourtant, ce sont les mêmes. La seule véritable différence ce sont les scénaristes qui ont changé, et ça ouvre une faille entre les deux films.

Jamais deux sans trois ?

Cette suite à un bon petit film potache est de trop. Ceci dit j’ai bien peur qu’ils ne s’arrêtent pas là, il parait qu’un 3e est en production. Serait-ce le futur American Pie pour vieux ados ?

Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence

Pirates des Caraïbes : la Fontaine de JouvenceLes précédents (numéro 2 et 3 de la série) étaient assez mous et souffraient du syndrome de la suite. On sent bien que pour ce quatrième opus les producteurs ont voulu revenir à ce qui a fait le succès du premier : de l’action, du burlesque, des répliques stupides et une histoire secondaire noyée dans l’eau de rose.

De la pirate-fantasy grand spectacle

Des pirates cruels, des au grand cœur assoiffé d’aventure, un roi goinfre et méprisant, une femme qui commande un navire, des sirènes carnivores, un sabre magique qui dirige les bateaux, une fontaine qui accorde la vie, des espagnols fanatiques… C’est cliché, pas historique pour un sou, fantastique assumé.

Les effets spéciaux suivent, les moyens ont été mis pour que le spectacle soit assuré jusqu’au bout. La 3D n’est pas dégueulasse, sans apporter grand chose la plupart du temps mais au moins sans faire mal à la tête. Les scènes d’actions sont par contre parfois un peu statiques, la caméra un peu lourde, pas toujours aussi virevoltante qu’on le souhaiterait. Certains seconds rôles ne sont pas non plus aussi exubérants qu’il le faudrait, Barbe-Noire par exemple est un peu terne, c’est bien dommage pour une figure comme la sienne. Cela laisse certes le champ libre à Johnny Depp, qui abat à une cadence phénoménale, mais laisse un vide quand il n’est plus à l’écran.

Un one Johnny Depp show

Cela est acceptable pour un film qui pourrait avoir son intrigue centrée sur un personnage principal. Ici il n’y a tout simplement pas d’intrigue. Les scènes suivent à grand-peine un ordre chronologique aux repères brouillons. Toute la progression vers la fameuse fontaine se fait hors caméra, le spectateur ne voit que les clashs entre les différents protagonistes quand leurs routes se croisent. En somme c’est une chasse au trésor (thème de pirates s’il en est) où on ne voit pas la recherche d’indices, juste les pirates qui se le disputent.

Les sketchs s’enchaînent donc, les meilleurs étant comme attendu ceux avec Johnny Depp, qui joue, surjoue, abuse de son rôle de capitaine pirate pour en faire un rôle de Johnny Depp chez les pirates, proche de ce qu’il était dans les précédents films. C’est drôle, parfois inventif, il y a de très belles scènes, mais ce n’est pas un film, juste un divertissement un peu cher.