Le Chat du Rabbin

Le Chat du Rabbin (le film)N’ayant lu quasiment que du bien de ce film j’ai eu envie de voir ce que ça donnait sur grand écran et me suis donc dépêché, vu qu’il ne passait plus dans ma ville que dans un seul cinéma. N’ayant pas lu la bande-dessinée d’origine je ne saurais dire si il s’agit d’une bonne adaptation, je peux tout de même assurer qu’il s’agit d’un film un peu étrange.

Un chat et un rabbin sont dans une autochenille

On y suit les aventures du chat du rabbin Sfar, comment n’importe qui aurait pu le deviner. L’idée n’est pas mauvaise, cela fait un personnage auquel le spectateur peut parfaitement s’identifier, et dont la présence n’est nulle part étonnante, permettant de bien suivre ce qui se passe tout en ayant un regard externe sur la petite famille juive séfarade qui est mise en scène.

Découpé grosso modo en deux parties, à Alger et dans la cambrousse africaine, le chat et son rabbin vont vivre différentes aventures, faire des rencontres exotiques, parler de tolérance et de religion. C’est à mon avis le principal problème du film : il manque une intrigue centrale. Ça part dans tous les sens, aucune scène n’est à jeter, mais il manque un trait d’union autre que les personnages. En l’état c’est plus une tranche de vie et un carnet de route qu’une véritable histoire avec un début et une fin. La fin est d’ailleurs un peu abrupte, arrivant surprenamment tôt.

Oh non… Pas encore une « ode à la tolérance » ?

Et si… Hélas on sent encore venir la guimauve et les bons sentiments à l’américaine façon téléfilm France 2, ou le ratage à la manière du Goût des autres où la tolérance des personnages est loué quand ils acceptent une différence qui fait semblant d’être comme eux. Ce n’est pas un film à histoire, c’est un film à thème, ici celui de la tolérance religieuse, mis en scène dans le milieu séfarade algérois des années 30.

Ce film m’a surpris. En bien. Car il a évité tout ces écueils pour donner une parabole cette fois intelligente sur ce thème rebattu. On y parle beaucoup, de la religion notamment, et on y voit différentes attitudes face à celle-ci et à celle des autres, sans pour autant asséner de message. On est certainement plus dans la réflexion sur le thème, mis en scène dans différentes situations (égalitarisme bureaucratique, racisme ordinaire, fanatisme religieux, paradis perdu dans la montagne, etc.) sans arriver à vraiment dégager une solution idéale.

Une narration et un humour au poil

(Oui, elle est facile.)

Ce n’est pas naïf, ce n’est pas dégoulinant, c’est au contraire très réaliste et toujours nuancé. J’ai beau réfléchir je ne vois pas vraiment de « méchant » ou de « bon » qui serait mis en exergue dans ce film. Il y en a de plus ou moins bons et méchants, de plus ou moins sages et idiots, mais aucun qui soit simpliste. La scène chez les berbères fanatiques religieux est de ce point de vue très intéressante, le montage alternant entre des visions positive et négative des personnages rencontrés, montrant bien que tout n’est pas aussi simple qu’Hollywood le dit.

C’est même par moment très drôle, le chat étant entre autres un personnage comique, avec un œil extérieur qui s’attache à détailler les incongruités des comportements de ces maîtres. La scène avec le maître du rabbin est pour cela excellente, tournant le personnage en ridicule, quand face à un chat qui parle il tente de justifier ses préjugés, ne pouvant en tant que vieux maître se déjuger d’une opinion qu’il a déjà émise. Mention spéciale aussi à la rencontre avec un jeune reporter belge venu visiter le Congo, qui replace parfaitement le spectateur dans la mentalité coloniale de l’époque qu’on pourrait sinon perdre un moment de vue.

Une patte graphique très féline

S’agissant d’animation, je me dois de dire qu’elle est dans l’ensemble assez réussi. Le style graphique est celui de Sfar, pas réaliste, quelque peu stylisé, mais très détaillé, très texturé. L’animation est toute en légèreté, parfois cependant un peu brouillonne, manquant de finition. Cela n’enlève rien à la beauté des dessins, toujours réussis. C’est peut-être moi mais j’ai eu l’impression que les scènes de nuit dans le désert étaient inspirés de Van Gogh et de ses nuits étoilées

On peut d’ailleurs apprécier le talent de dessinateur de Sfar durant le générique de fin, défilant devant des esquisses des personnages, et plus particulièrement de la fille du rabbin. Je n’ai aucune idée de ce que la 3D peut apporter sur ce genre de film sinon un mal de tête. Peut-être l’impression plus importante d’avoir différents plans bien séparés ? En tout cas cela ne m’a pas du tout tenté, et la version classique en 2D s’en passe parfaitement.

Hormis la fin, expédiée, bâclée même à mon avis, je n’ai rien à reprocher au film, tout au contraire j’ai été séduit pendant une bonne heure et demi. Léger, drôle et intéressant tout à la fois il fait passer un très bon moment, montre de belles images et au passage qu’on sait faire de l’animation de grande qualité en France même si on n’a pas forcément le débit des grands studios américains ou japonais.

 

 

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