The Artist

The ArtistL’idée de base ne m’avait pas convaincu (Chantons sous la pluie j’ai déjà donné) mais en ayant eu de nombreux retours positifs je me suis décidé à y jeter un œil. Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de ce film, il conte l’histoire de Georges Valentin, un acteur de film muet confronté à la réussite des films parlants à la fin des années 1920.

~~ « Qui est cette fille ? » ~~

L’acteur renommé et sa petite moustache, sa femme aigrie et ses milliers de tenues, la jeune débutante avec un sourire lumineux, le producteur cigare vissé au bec, le fidèle majordome, tous les personnages sont déjà vus. Il s’agit d’archétypes assumés de l’époque, connus et reconnus, interprétés comme tels, avec force mimiques et gestes les identifiant clairement. Les acteurs sont à mon goût impeccables, Jean Dujardin brillant, incarnant parfaitement ces clichés, on pourrait souvent les confondre avec des acteurs d’époque.

L’histoire est du même tonneau : déjà vue. Plus que d’un scénario classique il s’agit d’un conte : peu de surprises, le spectateur sent bien venir les rebondissements mais l’empathie pour les personnages est particulièrement soignée. Au final on nous raconte une histoire sur un type qui se retrouve marginalisé quand son métier disparait, pas inintéressante pas révolutionnaire non plus, mais très prenante. C’est peut-être la limite de l’exercice de style qu’est ce film ? Il ne doit guère être facile de mettre en œuvre une intrigue très complexe sans dialogues.

~~ « Mais pourquoi tu ne veux pas parler ? » ~~

En effet sa forme est le second (après les acteurs) atout du film. Parlant d’un acteur de film muet, il s’agit bien d’un film muet en noir et blanc. Techniquement la reconstitution est excellente. Les acteurs surjouent plus ou moins légèrement pour compenser l’absence de dialogues, le décor des films des des années 20/30 est très bien rendu, quelques cartons illustrent les dialogues, même la musique quasi-omniprésente rappelle les films de Chaplin. Certainement le réalisateur maîtrise les codes de son pastiche. Surtout il ne se restreint pas à faire un film muet sur les films muets mais fait un film qui a son intérêt en tant que tel.

Le fait qu’il soit muet donne d’ailleurs un effet intéressant : ni les dialogues dont seuls les plus importants donnent lieu à carton ni la musique purement symphonique ne distraient le spectateur de l’image, ici très dense. La scène de retrouvailles dans l’escalier du producteur aurait pu n’être qu’un flirt, elle devient un jeu complexe sur les expressions des visages et les mouvements de foule. Celle dans la maison désertée sous la pluie n’est pas qu’un dialogue triste mais une suite de vignettes presque expressionnistes montrant de la manière la plus crue, à coup de plans, contre-plans et rayons de lumière la solitude de Georges Valentin.

Le réalisateur se permet aussi de nombreux clins d’œil, soit des allusions plus ou moins discrètes au fait que le film soit muet (panneaux « silence » astucieusement disposés, refus de certains personnages de parler, séquence du rêve, personnages n’entendant pas un bruit évident à l’image), soit des clins d’œils à d’autres films (Vertigo, les films de Fritz Lang, Chantons sous la pluie, etc.). C’est souvent amusant, introduisant un effet comique qui avec l’humour burlesque de certaines scènes (le chien mérite un César !) allège le récit dont le fond est bien mélo, faisant franchement rigoler par moment.

~~ « Les gens aiment me voir, pourquoi voudraient-ils m’entendre ? » ~~

Mais le trait le plus frappant est que malgré l’absence de dialogues et de bruitages je ne me suis ennuyé à aucun moment. Il se passe en permanence quelque chose à l’écran, les plans parfois insistant sur tel objet, tel personnage, s’arrêtent bien avant que ne vienne l’ennui. La caméra bouge beaucoup, d’une façon pour le coup plus moderne que ses modèles passés où les contraintes techniques la forçaient plus statique. De même le jeu physiquement très expressif des acteurs fait qu’un minimum de texte est nécessaire pour bien suivre la progression de l’intrigue.

Je me demande tout de même pourquoi les textes sont en anglais (sous-titré français) dans les copies diffusées en France ? L’effort pour les traduire aurait été mineur, et ceux des films l’étaient généralement, bizarre. À part ce détail étrange j’ai été complètement conquis par le film, très émouvant. Il ne faut certainement pas relancer la production de films muets, The Artist doit rester une exception. Mais c’est une exception remarquable en ce qu’au-delà de l’expérience (un film muet au XXIe siècle) il est un film très agréable à regarder, pas juste une comédie burlesque ou un pastiche.

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2 Responses to The Artist

  1. Asmodeus says:

    Je l’ai vu dernièrement. J’y suis allé parce que c’est pour moi un ovni dans la production cinématographique actuelle. Je m’y suis un peu ennuyé, je n’ai ressenti aucune émotion du film par contre j’ai vraiment admiré le travail cinématographique.

    Petit détail mais qui me fait toujours plaisir, le film est en 4/3 (format qui n’est plus utilisé depuis….) et le son est diffusé par les HP derrière l’écran. Pas de 5.1 par contre je ne sais pas si c’était du mono ou de la stéréo.

    Pour moi qui est fait des études cinématographique, je trouve que c’est un film-école à voir.

  2. Imrryran says:

    Tu as raison pour le 4/3 et le 5.1, au début on s’est demandé si ce n’était pas une erreur du cinéma, mais le film allant ça cadrait bien avec le format. 🙂

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