Frédéric de Hohenstaufen, de Jacques Benoist-Méchin

Frédéric de HohenstaufenAprès Le Saint Empire Romain Germanique j’avais besoin pour préparer ma campagne Ars Magica dans le Tribunal du Rhin d’informations plus précises sur l’Empire au XIIIe siècle. D’après les livres que j’ai cité (et celui Les Croisades vues par les Arabes, excellent livre d’Amin Maalouf) Frédéric II est le souverain marquant de cette période. Il faudrait peut-être que je songe à prendre un abonnement chez Tempus, ça va me revenir cher à force…

De l’enfant du miracle à l’Étonnement du Monde

Dès l’introduction le ton est donné : sur cet enfant, petit fils du célèbre Frédéric Barberousse, né à Noël, roi puis empereur, se sont penchés tous les anges et démons de l’époque. Quelques prophéties sont amenées sur le tapis et après une belle introduction au contexte politique de la fin du XIIe siècle on entre dans le vif du sujet. Son père Henri IV, homme fort et déterminé, sa mère Constance, amenant la Sicile en dot, les intrigues des différentes cours d’Italie et de Sicile, entre évêques, papes, capitaines allemands et nobles locaux, cette histoire aux personnages hauts en couleurs se suit sans temps mort avec la jubilation de voir triompher l’enfant royal sur les loups. On pourrait presque parler de roman d’apprentissage, car le futur Saint Empereur Germanique va de maître en mentor, progressant à vue d’œil en finesse politique.

Suit la montée vers le trône impérial, le jeu de chassé-croisé avec Otton IV, présenté comme un usurpateur du trône des Hohenstaufen, défait par Philippe Auguste à la grande bataille de Bouvines (note en passant : c’est impressionnant le nombre de symboles nationaux qui se croisent à cette époque), laissant le champ libre à celui qui n’était guère que roi de Sicile. Il ceint la couronne de Charlemagne puis va guerroyer avec les cités lombardes et le Pape pour être sacré Saint Empereur Romain, laissant son fils Henri, encore mineur « régner » sur le Royaume d’Allemagne. Quelques batailles, sacs de villes et coups tordus plus tard on le retrouve  prêt à partir en Croisade comme promis à Rome lors de son sacre. La maladie le forçant à procrastiner, le Pape en profite pour l’excommunier !

Partant malgré tout quelques temps plus tard pour la Sixième Croisade, Frédéric retrouve en Terre Sainte son ami le Sultan d’Égypte qui lui avait promis Jérusalem. Quelques messagers et une bataille pour la galerie lèvent l’hypothèque : la ville sainte est « reconquise ». Triomphateur, il met ses affaires en ordres aussi bien qu’il le peut, les Templiers et Hospitaliers n’attendant qu’un prétexte pour reprendre la guerre sainte, puis rentre en Italie. Même le Pape ne peut plus rien refuser à celui qu’on appelle alors « stupor mundi », l’étonnement du monde. C’est en tout cas plus simple que le titre dont il se pare dans ses décrets : Imperator Fridericus secundus, Romanorum Caesar semper Augustus, Italicus Siculus Hierosolymitanus Arelatensis, Felix victor ac triumphator. Il peut alors enfin profiter de la vie, entouré d’une nombreuse cour, célèbre (et critiquée) pour le nombre de femmes et de savants (astrologues, traducteurs, mathématiciens et érudits de toutes sortes et conditions), occupé à légiférer et guerroyer.

Mais si il fait alors de la Sicile un état centralisé et efficace, presque totalitaire selon l’auteur, il laisse la bride sur le cou des princes allemands, allant jusqu’à châtier son fils Henri qui voulait renforcer son pouvoir quitte à aller à l’affrontement avec la haute noblesse. Il s’épuise cependant en guerres contre les cités lombardes toujours rebelles. Après sa mort son fils Conrad IV tente de lui succéder mais se brise sur le même écueil, ainsi que le reste de sa descendance. Les Hohenstaufen s’éteignent alors, la légende prend le pas sur l’histoire.

Une vie comme un roman tragique

Le bouquin pèse bien ses 550 pages, très denses, auxquelles peuvent s’ajouter pour le lecteur intéressé des documents historiques (lettres et décrets des protagonistes) en annexe et un solide corpus de notes en fin d’ouvrage, avant l’index et la bibliographie. Je me suis contenté de la biographie proprement dite, agrémentée, c’est rare pour un poche, d’un bon nombre d’illustrations en noir et blanc accompagnant le texte. La plume de l’auteur est agréable à lire car il ne se contente pas de décrire les évènements mais y entremêle une foultitude d’anecdotes et de détails sur l’époque. Cela se lit comme du petit lait et j’ai tourné les pages avec plaisir et empressement pour savoir ce qui allait arriver ensuite. C’est rare d’avoir une plume aussi enlevée pour une biographie mine de rien très documentée.

Ceci dit cette qualité d’écriture se fait souvent aux dépends de la rigueur, parfois même de la véracité quand une prophétie attribuée à Merlin (oui, l’enchanteur breton !) est citée sans source. Frédéric est traité comme un personnage de roman, avec ses états d’âme que l’auteur cherche à percer, ses qualités et défauts de caractère, ses obsessions et ses manies. Cela rend évidemment le lecteur plus proche du personnage mais la justification de ces affirmations m’a souvent semblé bancale, en tout cas assez obscure. A la lecture on ressent aussi l’admiration inconditionnelle de l’auteur pour son sujet, qui va jusqu’à chercher des excuses pour ce pauvre Frédéric quand il fait des erreurs d’appréciation.

On sent aussi son regret devant l’échec de l’empire à s’étendre et se consolider. Admiration pour les grands hommes ? Souhait d’un empire européen ? Ce n’est pas très étonnant quand on sait que Jacques Benoist-Méchin a collaboré quelques temps avec Vichy (ce que bizarrement l’éditeur s’abstient de préciser dans sa présentation de l’auteur, mais Wikipedia est plus disert), avant de se ranger et d’écrire des livres d’histoire. Il y a un présupposé idéologique, pas de racisme ou de nazisme non, mais une certaine forme de bonapartisme pan-européen qui peut gêner à l’occasion, quand il devient trop évident dans la narration et la fait verser dans l’hagiographie.

Un moment de bravoure

L’auteur conte à merveille l’histoire de cet empereur qui va tenter de s’élever aussi haut que les empereurs romains, mêlant avec talent la grande histoire, les évènements majeurs et les petits détails anecdotiques. Que ce soit pour avoir des idées pour une campagne de jeu de rôle, pour se cultiver ou se distraire c’est un très bon ouvrage. Par contre je ne sais pas si il est pertinent sur le plan historique, d’autant qu’écrit dans les années 60 il a peut-être déjà été dépassé par des publications plus récentes, mais non disponibles en poche. Pour moi il valait en tout cas son poids.

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