Le Vagabond, de Fritz Leiber

Le Vagabond, de Fritz LeiberLeiber a généralement une bonne réputation, plutôt il me semble pour ses œuvres de fantasy, notamment son Cycle des Épées qui changeait de Tolkien. J’avais aussi lu à l’occasion dans des articles ou des listes de références le nom de ce roman, sans jamais entrer dans les détails. D’après la 4e de couverture il s’agit d’une apocalypse contemporaine, une planète se téléportant à côté de la terre et engendrant des marées énormes.

Du rififi autour du soleil

On y suit donc divers groupes de survivants pendant les heures qui précèdent et les jours qui suivent la catastrophe. C’est une bonne idée, chaque groupe venant d’un milieu différent (ufologues américains, poètes anglais, jeunes new-yorkais, marins de tous bords, scientifiques allemands, militaires américains, etc.), chaque personnage principal (une petite dizaine) ayant son talent et son défaut propre qui les rendent facilement identifiables quand le point de vue saute de l’un à l’autre.

Leiber connait son métier : en sautant d’un groupe à l’autre il réussit à offrir un panorama à la fois complet et intelligible des évènements arrivant dans le monde occidental. Je ne pense pas qu’on puisse lui faire grief d’avoir ignoré le reste du monde, l’Afrique et le bloc soviétique en somme, car cela me semble plus du à l’époque (roman écrit au début des années 60) qu’à l’auteur. Quant aux explications scientifiques de ces désastres, elles se tiennent suffisamment pour faire passer la pilule initiale de l’apparition d’une planète à côté de la Lune, ceci empruntant plus au space opera (E. E. Smith étant même cité) qu’à la hard-science.

Chaque groupe de personnage va passer par trois phases distinctes : vie normale, choc de l’apparition de la planète, survie face aux catastrophes. Comme le dit le titre, le Vagabond est le sujet principal du livre et surtout ses conséquences sur la Terre. Réveil de volcans, raz-de-marée titanesques, tremblements de terre, tout y est, pour un peut on se croirait en 2012 ! La civilisation explose, quelques conventions sociales aussi, il y a du grand spectacle pour sûr.

Un livre englouti avant même d’être écrit

Je pourrais m’arrêter là et conclure : un très bon roman de SF. Mais il a été écrit en 1964 et nous sommes maintenant en 2012. Déjà daté lors de sa sortie il l’est encore plus maintenant.

Les personnages n’ont aucune profondeur, ils se réduisent à un talent (la science, charmer, chanter, pêcher) et un défaut qui tourne souvent au péché capital (l’imprudence, luxure, gourmandise, avarice, etc.). Cela permet d’en avoir beaucoup, très différents, très identifiables, mais limite énormément l’empathie du lecteur. C’est d’autant plus dommage qu’ils n’évoluent absolument pas alors que tout leur cadre de vie est détruit sous leurs yeux. Droits dans leurs bottes ils réagissent bêtement ou intelligemment mais sans émotion, à part une ou deux crises de nerfs sporadiques. On est loin des romans de Ballard qui sortaient à la même époque, on est loin même de n’importe quel roman ou bande-dessinée récente. Le point de vue, plus que celui des protagonistes, est celui que prêterait un scientifique aux fourmis sur lesquelles il verse de l’eau de javel.

Des millions d’humains meurent dans ce roman. C’est dit à plusieurs reprises, repris par plusieurs personnages, la question du nombre de victimes est même un arc narratif secondaire de la fin du livre, mais jamais montré. Les seuls morts auxquels le lecteur assiste sont dus à des accidents stupides qui auraient pu arriver sans Vagabond, juste en faisant l’idiot durant une randonnée. Les opportunités de mettre de l’humanité sont manquées : destruction de tout un pays par une marée gigantesque et inexorable, fuite des survivants laissés à l’abandon, premier contact entre deux espèces (et attirance réciproque), groupe libre dans un pays dévasté, affrontements entre fuyards. Tout ceci est vu de trop loin pour le lecteur, vécu par des protagonistes se réduisant à des marionnettes stoïques aux câbles énormes.

Ce livré a vécu, très clairement. Les productions actuelles sur des thèmes similaires (bien qu’ayant souvent plus de zombies) accordent beaucoup plus d’importance à l’évolution psychologique des personnages, au style littéraire ou graphique, ou à l’évolution de la société qu’à la description détaillé et l’explication des catastrophes. Dans Le Vagabond les seuls personnages à être vraiment humains semblent être ces militaires coincés dans leur bunker, bourrés de défauts mais plus attachant que les cohortes de personnages qui se baladent à a surface. Le chat d’une des héroïnes est également assez sympathique. On sent que la SF a bien changé depuis les années 50.

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