Notre-Dame-aux-Ecailles, de Mélanie Fazi

Notre-Dame-aux-EcaillesAprès le très touchant Serpentine j’ai acheté l’autre recueil de cette auteure à mon goût très douée. 12 nouvelles en moins de 300 pages, courtes et bien tracées, lancinantes ou joyeuses.

Folie ? Magie ? Horreur ?

Si le genre est celui d’un fantastique empreint de quotidien, il s’écarte à petit pas, par petites touches de ce pivot, tantôt vers le réalisme, tantôt vers le magique.

La cité travestie, jolie variation sur les sombres histoires de Venise, montre une autre version, à l’ambiance glauque et sanglante, de la ville éminemment touristique. L’intrigue est dévoilée par pans successifs, de manière assez adroite, peut-être un peu froide par rapport au personnage principal et narrateur.

En forme de dragon m’a bien plus touché. Cette histoire d’un enfant qui assiste quasiment impuissant à l’effondrement de son père sonne très vrai. L’élément fantastique y est d’ailleurs assez restreint, presque concentré dans la vision qu’a le personnage principal des adultes.

Le langage de la peau frappe fort, nouvelle sensuelle d’un amour étranger, jamais dérangeant à la narration très fluide, presque musicale, laisse loin derrière lui toutes les Twilighteries actuelles.

Le noeud cajun part de l’autre côté de l’Atlantique, dans une petite ville américaine qu’on imagine écrasée par le soleil et les croix des églises. L’atmosphère y est lourde et pesante à souhait, un genre plus condensée de celle de Sept jours pour expier par exemple.

Jeunes filles perdues cherchent seconde vie

Le train de nuit introduit un des thèmes récurrents du recueil : les jeunes filles en détresse morale. Seule au monde, fuyant son passé, sa famille, son amant, l’héroïne prend un train, la nuit, à travers la plaine… Loin des clichés habituels des films français elle cherche à se reconstruire, se retrouver, et y réussira peut-être, en tout cas la fin reste accrochée au cœur.

Les cinq soirs du lion dévie légèrement vers une fantasy légère, pleine de magie sous-jacente sur le thème du familier de la sorcière. Bien plus lumineux que les autres nouvelles du recueil celle-ci serait presque guillerette.

La danse au bord du fleuve se place sous le dur soleil espagnol, ensoleillant les décors, rendant plus claire la violence crue des sentiments des personnages. C’est bien écrit, intéressant, mais le dénouement tombe un peu à plat.

Notre-Dame-aux-Ecailles, nouvelle éponyme, est une histoire plus sobre, sombre toujours, triste, belle et prenante, très bien illustrée par la couverture du livre. Une parabole sur le cancer et la maladie  dans un jardin anglais.

Des lieux qui hantent leurs habitants

Villa Rosalie pourrait être de l’horreur et souvent les descriptions des lieux s’en approchent sans y toucher. Sans vraiment d’histoire, centrée sur une simple idée, une ambiance s’en détache tout de même, magnifiquement retranscrite. Un grand moment d’écriture un peu vain.

Mardi Gras change tout à fait dans son ton. Récit d’une touriste dans le carnaval de la Nouvelle-Orléans il n’y a que des couleurs et des rires, et quelques maisons ruinées par l’ouragan. Plus dense qu’il n’y parait au premier abord, sa fin est lancinante et reste à l’esprit longtemps après, faisant le grand écart entre la carte postale et un fantastique décadent.

Noces d’écume dépeint une petite ville en bord de mer que Lovecraft n’aurait pas reniée. On pourrait se croire à Innsmouth, quelque part au XXe siècle, avec des horreurs impies et indiscibles qui rodent sous les clapotis d’une mer verdâtre.

Un recueil de sentiments

Fantômes d’épingles conclut le recueil de fort belle manière. Avec des rappels au vaudou déjà évoqué de loin en loin dans certaines nouvelles, histoire de traumas, de résignation et de mémoire, il boucle sur les nouvelles précédentes.

Je ne peux que recommander l’achat de ce recueil très prenant, aux thèmes lancinant, qui maintient avec adresse le flou entre réalité et fantastique. Il n’est certes pas aussi percutant que Serpentine, un peu moins maîtrisé, mais tout de même de très bonne qualité.

(achat inspiré par les posts de Viinz et Efelle)

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2 Responses to Notre-Dame-aux-Ecailles, de Mélanie Fazi

  1. Efelle says:

    Pour moi c’est l’inverse, j’ai préféré Notre Dame aux Ecailles.

    • Imrryran says:

      C’est peut-être une question d’ordre de lecture, l’ambiance des nouvelles y est mine de rien assez similaire, mais la magie de la découverte n’opère plus autant.

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