Le Saint Empire romain germanique, de Francis Rapp

Le Saint Empire romain germanique, d'Otton le Grand à Charles QuintMe lançant dans une nouvelle campagne d’Ars Magica, sise en Allemagne médiévale cette fois, je me suis penché sur l’histoire locale, en l’occurrence celle du Saint Empire Romain Germanique. Comme indiqué sur la couverture ce livre se concentre sur la période allant d’Otton le Grand à Charles Quint. Foin de habsbourgeries et charlemagnations, il s’agit bien de l’empire bas-médiéval, centré sur l’Allemagne.

Une notion d’empire multi-séculaire

Plus qu’un récit historique, ce livre est l’étude d’un objet politique spécifique : le Saint Empire romain, tel que ressuscité par les Ottoniens entre Aix-la-Chapelle et Rome au début du Xe siècle, s’achevant avec la lutte entre les Habsbourg et les princes protestants.

Cet empire est bâti sur les ruines de l’Empire carolingien, lui-même bâti sur celles de l’Empire romain, catholique évidemment, version Constantin ou Justinien. Ce n’est alors plus une construction politique, après quelques siècles d’absence et face à l’Empire byzantin,  il n’en reste qu’une idée : celle d’une unité de la chrétienté occidentale, morcelée depuis Louis le Pieux en multiples royaumes féodaux et attaquée sur ses bordures par les païens ou les mahométans. La trajectoire en est bien expliquée, clairement détaillée étape par étape, à la fois avant la résurrection de l’empire par Conrad Ier et durant la vie du Saint Empire jusqu’au XVe siècle. J’ai beaucoup apprécié les comparaisons fréquentes entre l’évolution qu’a suivi l’idée d’empire, s’émancipant petit à petit de l’exemple romain, et la réalité du pouvoir de l’empereur, souvent plus roi d’Allemagne qu’autre chose, peinant à transcendant son statut de noble.

Cela inclut bien sûr la querelle des investitures, conséquence évidente de cette conception politique : où mettre la limite au pouvoir de l’empereur quant son empire se confond avec la chrétienté ? l’empereur nouveau tient-il son pouvoir de Dieu, des princes allemands ou du pape qui le sacre ? Cette partie de l’histoire est remarquablement bien présentée, ses conséquences sur la destinée du Saint Empire en Italie et en Allemagne sont bien explicitées, les points de vue des théoriciens des deux bords sont agréablement vulgarisées et mis en perspectives avec les actions des différents représentants de l’Église, la querelle étant montrée aussi dans la fracture qui se creuse à l’intérieur l’Église, par exemple entre le pape et les évêques allemands.

Un sac de noeuds de 50 millions d’hectares

Cela inclut aussi le rapport entre cet empereur élu par les princes germains et ses électeurs : manifestent-ils la volonté divine comme le fait la Curie romaine dans l’élection du pape ? L’empereur tient-il son pouvoir d’eux ou de Dieu ? peut-il passer à son fils ses titres ou ceux-ci sont-ils entre les mains des électeurs ?

L’auteur donne un aperçu des intrigues et des guerres menées par différentes familles (les Ottoniens, les Saliens puis les Welf et les Staufen) en racontant l’histoire de la couronne sur un mode chronologique très classique. Machin fait ci, se fait battre par bidule, se reprend et avec l’aide de truc reprend ses terres à … On voit bien la progression depuis les duchés ethniques, les tentatives des empereur pour donner à la monarchie un caractère sacré et héréditaire (de manière similaire à ce que les Capétiens ont réussi en France), puis peu à peu le renforcement de la puissance des princes, l’hérédité qui leur est concédé par un empereur affaibli par ses querelles avec l’Église et enfin la « vente » de la couronne au mieux-disant.

Le problème est que si la langue est claire, le propos manque souvent de profondeur. Des noms apparaissent puis disparaissent à un rythme rapide, parfois sans même une explication (un problème de relecture et de correction qui m’a semblé récurrent tout au long du livre). On a comme une impression de l’avancée de l’histoire, du déclin de familles jadis puissantes, une roue de fortune emballée, sans hélas jamais entrer dans les détails. Comme si l’auteur avait voulu parler de tout sans en avoir la place (le livre fait moins de 400 pages), ce qui m’a frustré du début à la fin du livre.

Notes d’étudiant ou poly du professeur ?

Pas un mot ou presque sur les paysans, mais ce n’est pas le propos, il s’agit là d’histoire de batailles et de politique avant tout comme annoncé sur la première et la dernière de couverture. C’est tout de même dommage car le livre ne donne qu’un rapide aperçu de la période, aboutissant plus à une ambiance qu’à une véritable connaissance et aurait pu bénéficier d’une approche plus globale du Saint Empire. Quelques personnages (Otton I et III, Henri IV, Frédéric Barberousse ou Frédéric II par exemple) surnagent et apportent leur humanité mais la plupart ne sont guère approchés, le récit restant très factuel voire même superficiel quant à leurs actions. Cela m’a fait l’effet d’être un résumé de cours, bien fait mais qui aurait mérité plus de travail avant de paraître en livre.

 

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One Response to Le Saint Empire romain germanique, de Francis Rapp

  1. Ping : Frédéric de Hohenstaufen, de Jacques Benoist-Méchin

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