Le faiseur d’histoire, de Stephen Fry

Le faiseur d'histoireCertainement la couverture est racoleuse. Des drapeaux nazis sur le pont le plus connu de Londres ça attire l’œil mine de rien, surtout avec un défilé militaire et un sous-marin flottant au-dessus de la Tamise au milieu. Ça plus le titre, on peut dire que ça sent l’uchronie à des lieues. Mais comme c’est assez rare, j’ai tenté le coup.

C’est l’histoire d’un pauv’mec…

Tout est raconté par un timide jeune doctorant de Cambridge, préparant sa thèse d’histoire sur l’enfance d’Adolf Hitler, du petit village de Branau à sa carrière artistique ratée à Vienne. Aux prises avec une copine un peu encombrante, des amis qui le sont tout autant et un professeur tatillon, il cherche à faire son trou dans le milieu universitaire. Tout bascule quand il rencontre le professeur Zuckerman, lui aussi fort intéressé par cette période mais œuvrant dans la physique.

Les choses étant rendues assez évidentes, il y aura bien changement historique, pour le meilleur et pour le pire. Mais en attendant une bonne tranche de vie étudiante à Cambridge, mixée par la vie du très connu Adolf et de sa famille. Puis une autre grande tranche de vie étudiante dans une histoire alternative, notre anti-héros y étant assez perdu, pour le bien du (court) récit. Autant dire qu’autant que l’histoire, le riche microcosme universitaire anglo-saxon est le sujet du livre.

Un paquet d’Hitler contre un de Glöder lavant plus blanc que blanc ?

On ne peut pas dire qu’il se passe grand-chose au final, et l’intrigue de base ne casserait même pas une seule patte à un canard paraplégique. C’est le concentré de la sitcom. Mais c’est très bien fait. Il y a mine de rien fort peu de jeux de mots (ou alors pas rendus par la traduction ?), si ce n’est un nombre certain d’allusions aux différences entre l’anglais britannique et américain, qui pour le coup ne passe pas aussi bien qu’on le souhaiterait dans un livre en français.

Par contre les personnages sont dans l’ensemble assez burlesques. Dans la première partie des clichés sont tournés en dérision de manière systématique, dans la seconde ils sont confrontés à une réalité alternative où de petits détails font toute la différence (vous savez j’en suis sûr que les ordinateurs sont nés avec la seconde guerre mondiale ?).

Un style parfois expérimental

Le style est certainement le point fort du livre, l’auteur s’y connaît pour manier les mots. Par contre j’avoue avoir été dérangé par certains passages rédigés à la manière d’un script de film. C’est certes justifié par le personnage principal, et cela permet certainement de donner un rythme différent, plus trépidant, à l’action. Ceci dit était-il nécessaire d’aller aussi loin dans la ressemblance avec storyboard ? La lecture n’en est pas facilité, une mise en page plus standard aurait peut-être été souhaitable.

Par contre rien à reprocher sur l’alternance de passages historiques (années 30 évidemment) et contemporains. Bien intégrés dans l’intrigue, on ne suit pas deux histoires alternées mais les deux faces d’une seule, plus dense qu’on le pense au début. Ils permettent accessoirement de situer la problématique historique du livre, tout le monde, et en tout cas pas moi, n’ayant pas lu une biographie d’Hitler.

Ça n’en fait pas l’uchronie du siècle, mais c’est un petit livre malin, très agréable à lire, au ton léger malgré un sujet qui ne l’est pas du tout. Je m’interroge encore sur la pertinence de la postface (hagiographie de l’auteur, visiblement très connu outre-manche), qu’après quelques pages j’ai allègrement sauté, mais cela mis à part je ne me suis pas ennuyé une seule page.

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