Une petit ville nazie, de William S. Allen

Une petite ville nazie, de William S. AllenLa seconde guerre mondiale n’est pas ma période historique préférée, j’avoue un tropisme certain pour les boîtes de conserve médiévales et les toges antiques. Trop proche, trop documentée, trop militaire, cette période n’a pas pour moi l’intérêt d’époques plus reculées, plus propices au rêve et à l’idéalisation. Cependant je suis tombé par hasard en manipulant ma radio sur une émission très intéressante parlant de ce livre. J’ai eu envie d’en savoir plus…

Une petite ville ordinaire

L’auteur, historien américain, suit une petite ville d’Allemagne, de 1930 à 1935, c’est à dire la montée du parti nazi, son arrivée au pouvoir et l’établissement de sa main-mise totalitaire sue la société. Cette petite ville est bien éloignée des débats politiques de la capitale, qui ne lui viennent qu’épisodiquement par des journaux, des harangueurs de foules itinérants ou des sections locales de partis nationaux.

On suit plus particulièrement certaines personnes, notables ou politiquement engagés, que l’auteur a interviewés (et caché derrière des pseudonymes), ainsi que les articles des journaux locaux, soit par des citations d’articles marquants soit par des statistiques, par exemple sur le nombre de bagarres et de meetings. Il y a un véritable travail d’historien et de recherche derrière ces pages.

Toutes ces données ne sont heureusement pas infligées au lecteur mais reléguées en annexe, le livre étant le récit tissée sur ces faits, le journal d’un habitant plus observateur que la moyenne. On a l’impression d’être accoudé au café du commerce, là où tous passent et discutent, entre eux, de la politique vue par le petit bout de la lorgnette, ou tout bêtement celui qui ne sait pas encore ce qui pour nous est si évident.

Des gens bien ordinaires

Cette petite ville est peuplée de gens tout aussi ordinaires. Ouvrier, notables, petits commerçants, rien d’exceptionnel. Et pourtant le nazisme triomphe. L’auteur cherche à répondre au comment, par le pourquoi. Pourquoi ces gens ordinaires ont-ils soutenu les nazis ? Pourquoi se sont-ils laissés nazifier après l’arrivée d’Hitler au pouvoir ?

La première partie montre comment l’idée démocratique disparaît du débat. La tactique politique de chaque parti un décryptée, montrant d’un côté des partis de gauche puissants mais sur la défensive, n’essayant pas de convaincre au-delà de leurs fidèles, de l’autre un parti nazi bien encadré qui part de pas grand-chose et transforme toute conquête en acquis durable. Au milieu les partis du centre et de droite républicaine font de la figuration, grignotés par l’extrême-droite.

Plus que voir, on sent se cristalliser dans les mentalités l’idée que le NSDAP est LA solution aux problèmes économiques (chômage endémique) et sociaux (menace des communistes), alors que l’attachement à la démocratie s’efface devant la peur du désordre. Ces nazis apparaissent après tout comme de bons allemands, souvent serviables, bien organisés et soutenus par des gens comme il faut, peut-être un peu violents mais il le faut bien pour lutter contre les rouges, n’est-ce pas Monsieur Michu ?

Comme détruire une société, résumé en 350 pages

La seconde partie, commençant après la nomination d’Hitler comme chancelier en janvier 1933, relate l’établissement de la main-mise nazie sur l’ensemble des habitants de la ville. On y assiste impuissant, voyant se verrouiller la société bien pensante de cette ville, navré de l’impuissance des socialistes qui laissent leurs armes patiemment collectées dormir dans leurs cachettes.

D’une part le parti nettoie toutes les organisations politiques, économiques ou sociales locales. Il s’arrange pour y faire élire des nazis, intimide les responsables ou les dissout arbitrairement au nom de la sécurité, après avoir organisé provocation après provocation. D’autre part il instaure un climat de menace, où personne ne sait trop ce qu’on pourrait lui reprocher. Cette atomisation de la société est très finement décrite.

Ce livre laisse donc un goût amer. La fin ne surprend pas mais il y a un fossé entre la connaître et la vivre par l’intermédiaire du récit de personnes réelles, voir tout le processus disséqué et explicité. C’est d’ailleurs pour cela un des meilleurs livres d’histoire que j’ai pu lire,  tout à la fois érudit et viscéral. Bien loin de certains exposés sans âmes il est très vivant, sous pour autant ne s’attarder que sur le bruit et la fureur des combats.

 

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