Le Château de Yodo, d’Inoue Yasushi

Le Château de Yodo, de Yasushi InoueQuand, après avoir vu Ran et Kagemusha de Kurosawa, j’ai voulu lire des romans prenant la même période pour cadre, « Inoue » murmuraient les vents, « Inoue » chantaient les rivières, « Inoue » écrivaient les étoiles dans le ciel. Je me suis donc rendu au consensus et ai pris ce livre qui est le premier de l’auteur que j’ai trouvé.

Des katanas et des kimonos

Sans aucun doute ceci est le Japon. Certes la traductrice n’a pas gardé les « sensei », « sama » et autres vocables qui fleurissent habituellement dans la bouche de personnages japonais. Seuls les grades, les noms propres et quelques mots sans traduction restent dans la langue de l’auteur, mais les tableaux sont brossés comme des estampes, à coup de grandes descriptions et de petits traits précis. Je pense même que cet affranchissement de l’exotisme permet à la langue de s’adresser plus directement au lecteur, moins choqué par des mots étrangers.

Le contexte est aussi on ne peut plus japonisant, situé dans les derniers moments du Sengoku jidai, alors que les seigneurs de guerre réussissent à unifier l’archipel. Les costumes et les décors saisissent, évoquant à la lecture des images de samouraïs et de daïmios s’affrontant l’épée ou la plume à la main. Même si les adresses entre personnages ne sont pas parsemées de suffixes de rang, l’auteur (et la traductrice) a rendu à merveille les subtils rapports hiérarchiques, la déférence envers le supérieur, la réponse si polie mais lourde de sens sur son honneur bafoué. Les dialogues sont ciselés, d’une très grande finesse où chaque parole et chaque geste compte.

Dame en kimono, point rouge sous le cerisier, rumeur du combat

Quel plus beau miroir d’une époque que les yeux d’une dame ? D’une épouse de personnage influant ? Le narrateur, la dame de Yodo, offre un excellent point de vue. Jeune fille d’un clan mineur, luttant pour conserver son honneur et son statut, elle émeut et intéresse, intrigue par sa complexité. Page après page elle promène son regard sur le Japon en guerre ou en paix, arpente les couloirs des châteaux de ses maîtres, s’inquiète de son époux, mène des coteries d’épouses, organise des cérémonies du thé plus mortelles qu’une bataille.

Pour une fois on ne peut confondre une cérémonie du thé et un goûter magnifié par la tradition !

Quand l’honneur qu’on lui reconnaît est le dernier rempart de l’individu contre l’arbitraire de ses ennemis chaque mot peut tuer. L’auteur réussi ainsi à faire peser le destin de ses personnages à chaque ligne, construisant peu à peu une tension palpable entre cette femme et son monde de guerriers. On est très très loin d’une femme au foyer docile. C’est une épouse de combat qui lutte pied à pied pour son clan, ses enfants, son époux, et implique le lecteur dans ses choix, réfléchis ou impulsifs mais toujours clairs. Je ne sais pas si la psychologie ici rendue est historique, elle est certainement étrangère à notre époque mais correspond, d’une manière heureusement bien plus subtile, aux clichés sur le Japon féodal.

Comme un goût de thé ancien restant en bouche

Inoue a écrit un vrai roman historique. Vrai roman tout d’abord, car bien construit avec des personnages attachants, jamais manichéens, il n’est en aucun cas un cours ou un exposé de la culture de l’auteur. Historique ensuite, car il permet une plongée dans une époque lointaine, pour moi dans le temps comme dans l’espace, non seulement dans ses décors mais aussi dans sa pensée.

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