Rhialto le Merveilleux, de Jack vance

Rhialto le Merveilleux, de Jack VanceJ’ai rarement été déçu par Vance, grand conteur connu et reconnu, qui sait laisser au loin la cohérence et le réalisme quand cela s’impose pour le bien de l’histoire. Peut-être trop extrême pour des romans, cette méthode fait mouche pour des nouvelles, particulièrement celle de la terre mourante, monde post-post-post-apocalyptique où quelques humains font mine de survivre avec entrain en attendant la fin prochaine du monde.

Mettez trois magiciens dans un shaker et secouez

Dans ce recueil-ci il se concentre sur un personnage en particulier : Rhialto, dit le Merveilleux. Magicien vivant avec ses compères dans une vallée perdue sur une terre mourante. Il puise ses pouvoirs dans ceux de Sandestins, créatures magiques et intelligentes liées aux magiciens par des pactes et une sorte de permis à points. Leurs pouvoirs sont aussi divers que l’imagination le permet, leurs noms fleurent bon la fantasy à l’ancienne : Ao des Opales, Vermoulian l’Arpenteur, Byzant le Nécropes, etc. Le récit est par ailleurs émaillées de harquisades, archiplumes et autres resquammages jamais clairement explicités, servant juste au dépaysement.

Mais ceci a fort peu d’importance, car c’est dans les caractères que réside tout l’intérêt de l’ouvrage et le talent de l’auteur. Ces magiciens sont en effets des chicaneurs invétérés, des jaloux sans vergogne, des artistes de la mauvaise fois. Chaque dialogue est un festival de piques acerbes et de demi-mensonges ou chacun cherche à tirer à lui la couverture. Ils font assaut d’insultes voilées et de sous-entendus en des termes bien choisis, au grand plaisir du lecteur qui ne peut que s’en amuser.

Nappez de truculence et de nonchalance

Car au final ces magiciens du XXIe éon sont bien pathétiques. Ils peuvent certes faire montre de grands pouvoirs mais se chamaillent pour des pierres flottantes, des spécimens de foire et des plantes rares, mais doivent négocier avec leurs familiers pour lancer des sorts, ceux-ci étant toujours à l’affût d’une faille pour renégocier leur contrat. Plus que le pouvoir ou la force ce sont l’ingéniosité et la fourberie qui apportent la victoire aux protagonistes.

Incapables de réalisme mais toujours prêts à étonner la galerie ils exécutent des prodiges inutiles par paquets, par confort, par maladresse. Fats et empesés jusqu’au burlesque, théâtraux dans toutes leurs attitudes, contreparties « sérieuses » de Cugel (autre personnage du même univers) et comiques des Danseurs de la fin des temps de Moorcock, ils se battent avec moult efforts pour au final n’y rien gagner, ne pouvant résister à se vanté devant le premier spectateur venu.

Couvrez et laisser lentement brûler

Le réalisme n’est donc pas de mise, la cohérence approximative. Cela n’a aucune importance et au contraire fait partie de la bouffonnerie ambiante. A mi-chemin entre la science-fiction et la fantasy, de la science-fantasy pourrait-on dire, les explications des possibilités des personnages n’a guère d’importance, seul le récit de leurs tribulations en a. Ce parti pris réjouit et distrait, dégourdit l’esprit affligé de lectures doctes et pesantes, il ne prétend je pense pas à plus, j’en suis fortement heureux.

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