Confessions d’un automate mangeur d’opium, de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit

Confessions d'un automate mangeur d'opium, de Fabrice Colin et Mathieu GaboritPartant en vacances, prévoyant quelques heures d’avion et de train, j’ai pris ce livre dans ma besace. Du bon steampunk c’est assez rare pour en profiter et Patrice Colin n’est généralement pas mauvais du tout. J’aime moins les œuvres de Gaborit, Bohème par exemple m’a déçu, mais lui reconnais une imagination certaine.

Feuilleter Paris à la lumière de l’éther

Clairement la référence est ici le feuilleton, rocambolesque, naviguant entre deux mondes, les salles blanches et les beaux quartiers. Un frère et une sœur, aussi dissemblables que possibles, sauf leur goût commun pour l’aventure, sont les héros de cette suite de péripéties non sans apprêts, très démonstrative dans l’action et la photo.

Car comme dans un bon feuilleton ça court dans tous les sens, aux quatre coins de Paris, des faubourgs à la tour Eiffel, sans répit. La capitale, ici non pas seulement de la France mais de la fine fleur du monde civilisé, est montrée sous ses nombreuses coutures, ses différents milieux. Peut-être manque-t-on un peu d’ouvriers ? C’est un steampunk mine de rien très optimiste, entre une actrice midinette et un psychiatre dont le positivisme tremble à peine.

L’époque est au grandiose il est vrai, les constructions d’acier montent vers les cieux, les villes n’ont jamais été aussi illuminées. Et même grâce à l’éther des voitures volantes et des dirigeables règnent sur les airs en lieu de la population. Ce n’est pas Dickens, plutôt Wells, et le portrait de cette société industrielle est de fait est assez élogieux en regard des images qu’on peut en avoir.

Deux héros pour le prix d’un !

Deux auteurs, deux héros, il est tentant de penser que chaque auteur a le sien, d’autant que le personnage principal alterne à chaque chapitre. C’est d’autant plus tentant que chacun a son caractère et que les styles m’aient semblé à plusieurs reprises bien différents au changement de chapitre : l’un étoffe plus ses descriptions, l’autre plus ses dialogues, l’un se permet davantage de fantaisie, l’autre est plus technique. Cela contribue évidemment à donner un caractère à ces deux personnages.

Arriveraient-ils aux limites de leur capacité qu’ils se rappellent un ami, un journaliste, un maître, un deus ex machina qui pourra les aider, les débloquer et illustrer un cliché des romans de l’époque. Pas vraiment un pastiche, paradoxalement trop réaliste dans la narration et les capacités des personnages pour cela, mais très proche du roman de gare XIXe les auteurs l’assument et en font même argument, se complaisant avec un plaisir contagieux dans la rocambole, sans être trop prévisibles dans le déroulement de leur intrigue, qui petit à petit lance ses tentacules sur le monde entier.

Des dangers de la science et de la folie des hommes

Mais il ne s’agit pas seulement d’aventure. La problématique centrale est celle des dangers de la technologie. Ici l’éther, source d’énergie miracle, rend fous de pauvres hères y ayant été exposés en trop forte dose. Il n’y a pas à mon avis de similitude directe avec une technologie moderne, même si certaines manifestations font penser à la radioactivité les facultés de l’éther vont bien au-delà. Plane aussi sur le livre la question des buts de la science. Qui finance les recherches des savants ? Pour la connaissance ou pour un objectif moins noble ? La fin du XIXe peut apparaître bien calme mais pour le lecteur moderne la guerre entre les grandes puissances plane comme une ombre sur l’Europe.

Cela ne va tout de même pas très loin, le livre n’est pas un pensum mais bien une aventure qui ne se cantonne pas à dérouler son intrigue, souvent bien amenée et légèrement anticipée, ce qu’il faut pour en profiter. Les personnages sont mine de rien attachants, clichés au premier abord et prenant corps au fil des pages. Le cadre chatoyant où ils évoluent attise l’imagination tout autant que leurs tourments, tenant parfaitement en haleine un lecteur happé par cette belle époque.

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2 Responses to Confessions d’un automate mangeur d’opium, de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit

  1. ah ! ça fait toujours du bien de découvrir les classiques du steampunk (même quand ça ne casse pas trois pattes à un canard) ^^

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