Detective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme

Detective Dee : Le Mystère de la flamme fantômeJe l’avoue, même si je ne suis pas un grand fan de films d’arts martiaux j’apprécie les beaux costumes, les combats chorégraphiés et les histoires ridicules. Un bon représentant s’il en est serait Le Secret des poignards volants. Cette histoire, inspirée d’un Juge Ti corrigé par Tsui Hark, m’a semblé très prometteuse.

Le juge, l’impératrice et les cloportes

Je passe sur l’intrigue. Rapidement. Disons juste que mettre dans un même film une impératrice ambitieuse, un juge résistant, un Bambi qui parle, des cloportes agressifs et Barracuda (si si) ça fait peut-être beaucoup. Ceci dit je n’en attendais pas moins ! Aurait-il prétendu au réalisme, mon estime pour le film en serait tombée bien bas. Au contraire il a toutes les audaces et ne s’encombre guère d’une vraisemblance inutile.

Tous les personnages sont assez ridicules dans le fond.  Leurs motivations, leurs agissements ne sont pas vides de sens, ils en ont trop. Chacun est au moins deux ou trois archétypes à la fois, changeant en fonction des scènes, prenant toujours le parti qui revient à dire « j’ai plus la classe que toi ». C’est assez inventif de ce point de vue, très maîtrisé et assumé par les acteurs.

Il le faut car faire un bond de 5 mètres pour cueillir une fleur c’est beau et drôle à la fois. Tout comme la façon pleine de « tact » dont l’albinos mène une enquête de voisinage voulue discrète, laissant un sillage de larmes derrière lui. L’histoire est plein de ces détails, en aucun cas essentiels mais qui donnent une ambiance fort intéressante.

Le carton-pâte c’est bien, l’informatique c’est mieux

Grande nouveauté de l’œuvre : l’usage intensif d’effets informatiques. Heureusement le carton-pâte et la résine gardent leur place pour tout l’attirail, les vêtements, les petits décors, mais l’informatique donne une liberté rarement vue dans ce genre de films. On sent que le réalisateur n’a plus à se priver de faire des scènes d’extérieur. Les vues sur le port, le palais ou le marché fantôme sont très travaillées, manquant pour cette fois un peu de réalisme (les voiles des bateaux notamment m’ont choquées) mais tout à fait dans le ton.

Les combats aussi y gagnent. Pas tant pour les figures acrobatiques, toujours faites à l’ancienne avec force sauts câblés, que les jeux de lumières et de vêtements. Il y a mine de rien de nombreuses façons d’utiliser des effets graphiques simples, plus que je ne l’aurais soupçonné. Hormis quelques touches un peu cheap les effets spéciaux contribuent au spectacle et ne cassent ni le rythme ni l’immersion. En enjolivant les images, en permettant des adversaires non humanoïdes, ils apportent une touche de fraîcheur au genre.

Camarade, voici la Chine !

En fait le point que j’ai regretté est la forte dose d’idéologie de ce film. Ce n’est certes pas une adaptation du petit livre rouge mais la ligne politique est clairement celle du parti communiste. Le regard sur les femmes, le gouvernement, la dissidence, les occidentaux est quasiment une métaphore de la Chine, vue sous un certain angle.

Ça n’empêche tout de même pas d’apprécier le spectacle, et pour ça on est bien servi. Toutes les ficelles habituelles y sont, de même que quelques nouvelles. C’est mine de rien inventif et hautement divertissant. Il n’y a pas de temps mort, toujours il y a quelque chose à regarder ou écouter. C’est du travail très pro, très agréable, qui atteint à merveille sont but.

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4 Responses to Detective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme

  1. Munin says:

    « En fait le point que j’ai regretté est la forte dose d’idéologie de ce film. Ce n’est certes pas une adaptation du petit livre rouge mais la ligne politique est clairement celle du parti communiste. Le regard sur les femmes, le gouvernement, la dissidence, les occidentaux est quasiment une métaphore de la Chine, vue sous un certain angle. »

    Quel angle ? Tu pourrais détailler ? « Show, don’t tell ». 🙂

    • Imrryran says:

      Pour moi ça reste mineur donc je n’ai pas détaillé mais voici la grille de lecture que j’ai perçue, où l’impératrice représente le régime chinois actuel (ATTENTION, JE RÉVÈLE CERTAINS POINTS DE L’INTRIGUE) :
      – elle a du s’imposer en versant le sang (mais seulement celui de méchants réactionnaires)
      – elle amène la prospérité au pays (mentionné à de nombreuses reprises)
      – cette prospérité vient du commerce qu’elle a développé (nombreuses vues des milliers de bateau marchand dans la capitale)
      – elle émerveille et provoque le respect les pays étrangers qui sont des partenaires commerciaux (scène de l’ambassadeur espagnol qui s’extasie devant tout ce qui lui est montré)
      – elle a sorti les femmes du rôle annexe auquel les cantonnaient les réactionnaires et en a fait des guerrières aussi douées que les hommes (dit explicitement, le personnage principal du Grand Officier en est même l’incarnation)
      – tous les officiels et les personnages ayant un rôle positif considèrent les croyances et religions populaires comme des superstitions, qu’ils ne veulent pas écouter, et punissent ceux qui les expriment (marrant pour un film situé au VIIe siècle avec des personnages qui font des bonds de 10m et changent de visage grâce à l’acupuncture, non ?)

      Le Juge Ti quant à lui représente le peuple chinois, ses intellectuels, ou sa « sagesse traditionnelle ». D’abord récalcitrant il a été emprisonné, mais par la clémence de l’impératrice est libéré pour la servir. Il va ensuite justifier lors de plusieurs dialogues les crimes du régime car celui-ci a apporté la paix et la richesse au peuple, la scène de fin est à se sujet particulièrement claire. A noter que c’est lors de son emprisonnement, où il travaille pour l’administration à brûler de vieux papiers, qu’il se rend compte de son erreur de jugement sur l’impératrice.

      La seule critique qu’il va faire est au Grand Officier qui emploie des méthodes assez expéditives pour faire parler un suspect, lui disant que ce sont ce genre de méthodes qui font que le peuple peut ne pas aimer le régime. Celle-ci (le Grand Officier, une femme) fait ensuite amende honorable, touchée par sa demande ou pour le ménager.

      Si le régime est magnifié, les dissidents sont eux les méchants de l’histoire. Le Juge Ti est le bon dissident : il se range au côté du régime pour le bien du peuple et reconnait son erreur. Les mauvais dissidents font semblant de soutenir le régime mais préparent des attentats contre le peuple et l’impératrice. Ils sont amers, pas beaux, et soutenus par des étrangers (afro-américains, dont Barracuda, oui, la copie conforme du membre de l’agence tout risques) qui ne savent parler que par borborygmes, de vrais barbares en somme.

      • Neit says:

        La jaquette est rouge, ça vous suffit pas ? 😀

      • Imrryran says:

        Orange plutôt :p

        Au final c’est juste que voir du politiquement correct chinois, quand on est habitué au politiquement correct français ou anglo-saxon, ça fait lever un sourcil. 😉

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