Les Scarifiés, de China Miéville

Les ScarifiésLe bouquin est gros (850 pages) mais en un seul tome, la couverture est réussie, ni trop pimpante ni trop terne, et j’avais vu pas mal de critiques positives sur Perdido Street Station du même auteur, ça fait pas mal de bonnes raisons de l’acheter.

Ce n’est pas déflorer l’intrigue que de dire qu’il s’agit d’une histoire de pirates, le genre qui fait peu de quartiers à ses ennemis et embarque de forces les passagers des bateaux capturés. Mais ça ne se déroule pas dans notre univers, il s’agit de fantasy, dans un univers exotique propre à l’auteur. Tortuga n’est pas ici une île caraïbe servant de repères aux pirates mais une ville faite de bateaux. La mer est peuplée de monstres dont on ne sait si ils sont réels ou imaginaires. Les peuplades des îles isolées auxquelles il faut bien accoster sont-elles cannibales ou gentiment inoffensives ? Ces étranges croyances qui rappellent le vaudou ne sont-elles que cela ou une sorte de magie se cache-t-elle derrière ?

En déplaçant la quincaillerie des pirates dans un univers de fantasy, mâtiné par endroits de science-fiction à vapeur, l’auteur leur restitue un exotisme perdu depuis longtemps dans nos histoires de pirates bien connues. La mer redevient mystérieuse et imprévisible, pleine de promesses et de dangers. On ressent un émerveillement qu’on ne trouve plus que rarement dans les histoires de boucaniers. Le personnage principal, une peste pénible par ailleurs, découvre ce monde marin et le fait découvrir au lecteur, mais venant d’une autre partie de cet univers fantastique ses références en sont distinctes. Au final le lecteur se voit offrir un univers sur un plateau, et la narratrice présente le point de vue de chaque partie (terre ou mer) sur l’autre, attirant l’attention sur les points saillants.

Sur le plan moral l’ambiguïté aussi revint en force. Entre ces pirates et le gouvernement autoritaire de Nouvelle Crobuzon le cœur balance. Ces gens de sac et de corde sont par le passage à la fantasy débarrassés de tout un tas de clichés pour en reprendre qu’on avait pu oublier, chaque évènement de ces personnages qu’on découvre apparaissant comme significatif quant à leur mode de vie. Fraternité entre frères oui, mais aussi cruauté au jour le jour comme l’auteur se plaît à le rappeler dès fois qu’on se prendrait de sympathie pour un pirate au grand cœur. C’est d’autant plus frappant que la narratrice, le personnage principal, est loin d’être une oie blanche. Son passé trouble (je suppose détaillé dans un autre livre), évoqué comme un fardeau et une conscience, ses pensées et actions tout ce qu’il y a de plus égoïstes, ses élans de cœur bien vite maîtrisés, tout laisse à voir l’hypocrisie de ses jugements.

C’est un livre de découverte, de ré-apprentissage aussi, moyen aisé de découvrir un univers de fantasy. C’est à dire que l’intrigue au final en devient presque secondaire. On sent là tout prêt une trame, une raison aux actions des Scarifiés (ceux du titre et de la couverture), et l’héroïne la cherche avec passion ou par désespoir, mais l’intérêt n’est pas là. Il n’est pas non plus dans la psychologie des personnages, bien pensée mais secondaire. Non… l’intérêt est dans ces pirates, ces aventures sur des mers trop calmes ou trop tumultueuses. L’auteur n’est pas grandiloquent, il y a somme toute peu d’emphase narrative, par contre le cadre est grandiose. Ce ne sont pas des pirates comme on en croisait aux Antilles, ce sont les pirates dont on rêve quand on est gamin, exotiques, jovials, brutaux, fiers, un patchwork de caractères et d’histoires personnelles unis par une (forcément grandiose) destinée commune.

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