Tomorrow’s parties, de William Gibson

Tomorrows' partiesAu-delà des restes d’habillage cyberpunk Gibson dérive peu à peu du genre qu’il a lancé il y a bientôt 30 ans. S’y trouvent toujours des flux de données, des environnements virtuels, de la traque d’information, des intelligences artificielles et le réseau reste un espace à part entière, mais Gibson a su ne pas rester enfermé dans une esthétique hi-tech. Alors que les progrès de l’informatique ont normalisé le bric-à-brac technique, il creuse davantage vers la sociologie que dans les technologies et de l’information et le cyberespace (mot qui n’apparaît d’ailleurs plus dans ses romans, maintenant trop désuet ou galvaudé ?). Tomorrow’s parties est l’acmé de cette tendance.

Son but est avant tout de questionner notre société actuelle, pour cela il s’interroge sur les conséquences possibles de certaines innovations technologiques. Le roman ainsi décrit pourrait paraître assez cérébral, il n’en est rien. Même si il y a somme toute très peu de discours ou de dissertation oiseuse, pas un élément n’est là par hasard, même les scènes d’actions. Elles sont d’ailleurs parfaitement chorégraphiées, à la fois haletante et limpides dans leur exécution, décrites de manière très visuelle et apportant des éléments faisant tout autant avancer l’intrigue que les dialogues. L’auteur évite de dire, il montre, fait douter, cherche par le biais de ses personnages.

Court, à peine 300 pages, le roman trouve tout de même le moyen de dérouler trois histoires parallèles qui se croisent et se décroisent de manière fort habile jusqu’au finish. On ne peut pas dire qu’il aille droit au but, la nature de ce but étant même le sujet de l’intrigue. Ce procédé, peut-être un peu facile, est en tout cas très prenant et bien maîtrisé par Gibson car au final le lecteur, comme les personnages, si il sent quelque chose va arriver ne voit pas plus de quelques pages à l’avance, ces quelques pages qui correspondent exactement à la longueur d’un chapitre, avant de passer sans reprendre son souffle sur le flux d’une des autres histoires menées en parallèle.

Ce récit haché menu-menu se suit bien, sans qu’on s’y perde entre les différents personnages, chacun ayant une perception caractéristique, une tonalité propre, reprenant son récit exactement là où il s’était arrêté quelques chapitres plus tôt. D’ailleurs leurs diverses pérégrinations et interrogations sont liées entre eux, créant une continuité entre les actions de différents protagonistes, continuité qui n’apparaît qu’au lecteur et aux personnages secondaires qui essaient de tirer les ficelles. A la recherche d’un point nodal de l’histoire humaine, les protagonistes s’agitent de plus en plus alors qu’il se dessine à l’horizon, ses éléments se mettant en place petit à petit, touche innocente par touche innocente.

L’univers est sombre comme de bien attendu, plus proche de la fourmilière ceci dit que de la dystopie pure. Les corporations et systèmes étatiques se font moins présents que dans les précédents livres de Gibson, plus humains aussi car moins bureaucratiques et plus identifiés à leur dirigeant. Les lieux aussi sont très humains, décrits par leurs habitants, ou décrivant leurs habitants. Ainsi le village du Golden Gate, communauté interstitielle entre la barbarie et la civilisation, présenté par le biais d’une série de portraits et de scènes emblématiques qui illustrent à la fois sa place dans le monde et sa spécificité par rapport à des modèles réels que le lecteur pourrait avoir en tête.

Le roman est au final très dense, mais écrit de manière concise et très lisible, tout étant explicité sans avoir l’air d’y toucher, sans lourdeurs. La montée en puissance des intrigues est progressive, s’accélérant sur la fin en même temps qu’on sent la fin approcher. La toute fin par contre est un peu décevante. Le livre s’achève en effet sur une note qui si elle répond aux différentes questions posées de manière surprenante n’est pas le feu d’artifice qu’avait fait attendre la montée du suspens durant les derniers chapitres.

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