L’âme du Kyudo, de Hiroshi Hirata

L'âme du KyudoOn m’a conseillé l’âme du Kyudo comme une référence en matière de mangas historiques, gekiga comme disent les experts, je ne peux pas dire que ce soit faux. Proche du roman graphique, l’histoire de Kanza se déroule sur plus de 400 pages finement illustrées et abondamment écrites.

Se déroulant au début du XVIIe siècle, l’histoire narre l’apprentissage du kyudo (le tir à l’arc japonais) par Kenza, pauvre samouraï de bas rang. Son point de mire est le tôshiya, la compétition de référence de cet art martial, pour laquelle des clans sacrifient leurs ressources en quête d’un peu de gloire. Il s’agit « tout simplement’ de tirer une flèche à 120 mètres, le long de la galerie d’un temple, sans toucher ni son toit, ni son mur. Ceux qui ont fait du tir à l’arc pourront en apprécier la difficulté… Les perdant se faisant généralement seppuku, le sérieux est de rigueur dans cette épreuve qui peut marquer l’apothéose d’une vie ou sa fin.

On peut faire sur cette œuvre une critique que je fais habituellement au manga : le rythme de parution étant ce qu’il est, tous les dessins ne sont pas de qualité équivalente, à la différence des BD franco-belges très léchées, toujours très détaillées. Ceci dit l’ensemble est de fort bonne tenue et si les traits de certaines cases ne sont pas très précis leur enchaînement et leur cadrage me semble très bien choisis. Il est d’ailleurs très fréquent de rester scotché sur l’une ou l’autre page dont la qualité des dessins (tous en noir et blanc et de style très réalisme) est proprement hallucinante. Et même quand on pourrait trouver à redire au dessin, même si il perd en réalisme, il exprime toujours des émotions fortes, ne se contente pas de combler la feuille blanche. Chaque case compte, apporte quelque chose, au moins un regard, un geste, exprimant une pensée ou une émotion d’un personnage. Le cadrage très dynamique, loin des classiques franco-belges, maintient l’attention du lecteur et permet à l’auteur d’exprimer d’autant plus de choses par la juxtaposition horizontale ou verticale de cases.

On peut aussi penser que l’intrigue principale ne réserve que peu de surprises, suivant certains clichés des mangas ou du roman d’apprentissage. Étaient-ce déjà des clichés dans les mangas à l’époque de la première publication (en 1969-70) ? Je ne sais pas, s’en sont assurément maintenant. Mais à la réflexion cela ne dessert pas le livre. Le fait que de nombreuses réactions des personnages soient souvent attendues renforce l’impression d’une société d’ordre, d’un corset d’honneur, qui semble si typique de la période. Et quand l’auteur surprend, cela ressort avec d’autant plus de force que ça peut être incongru dans l’ambiance ainsi instillée.

Cela n’empêche d’ailleurs pas de distiller tout au long du livre une critique de ses personnages, ou du moins de la société qui évolue. Elle est reprise très clairement dans les postfaces (totalement écrites celles-là) en fin de livre. Car si l’histoire porte sur Kanza et l’épreuve du tôshiya, il y est aussi question de la transformation d’une technique de combat en art martial puis en sport. La scène de l’estaminet dans la montagne, aux deux tiers du livre, est très révélatrice à cet égard. Il est aussi question de l’instrumentalisation du sport par les pouvoirs locaux pour leur gloriole personnelle, au mépris notamment des sportifs et de leur code moral, une idée qui reste toujours d’actualité.

En somme un manga qui cache un roman, qui cache une leçon d’histoire, qui cache une critique de notre société moderne. Le tout est fourni dans un bel emballage, le papier lui-même étant d’une qualité honnête, la couverture est magnifique (l’image que j’ai mise ne lui rend pas hommage) sur une jaquette à rabats bien pratique. Les notes à la fin du livre sont toutes intéressantes sans être trop nombreuses à en perturber la lecture et les postfaces éclairent agréablement différents aspects de l’histoire qui ne sont pas forcément évidents pour des français, pas particulièrement connaisseurs l’histoire du Japon ou des mangas. Voilà un bon livre bien édité que je ne regrette pas d’avoir acheté.

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