Schismatrice +, de Bruce Sterling

J’ai lu ce livre en une longue journée passée entre des gares et des trains, assis sur mon sac dans un hall de gare ou sur un siège exigu dans un wagon de train grande ligne. Je n’ai pas décollé mon nez de toute la journée.

C’est (à mon humble avis) le chef d’œuvre cyberpunk de Bruce Sterling. C’est un space-opera plein de bruit et de fureur. C’est enfin une plongée dans le transhumanisme, constituée d’un gros roman et d’une poignée de nouvelles se déroulant dans le même univers. Je ne parlerai pas des nouvelles, elles ont des qualités similaires au roman et leur présence à la fin permet de prolonger agréablement celui-ci.

Au moment où le cyberpunk donne naissance aux thématiques transhumanistes, Sterling s’enfonce dans la faille et fait feu de tous bois. Quand il imagine un système solaire entièrement colonisé il multiplie les modifications de l’humain, que ce soit par la mécanique ou par la biologie, et fait s’affronter les tenants de ses tendances. Les extra-terrestres sont aussi de la partie, parfois si différents que la communication n’est pas possible, ou pas souhaitée. En somme l’imagination est aux commandes, ne traitant la science que sous l’angle du vraisemblable ou de l’envisageable et jamais comme une limite.

Sur quelques centaines de pages, le personnage principal va grandir, évoluer, passer du rôle de spectateur des déchirements de l’humanité à celui d’acteur à temps plein. C’est délicieux, on se réjouit de ses difficultés comme de ses succès sans arrières-pensées. L’univers est sombre, agressif, c’est bien du cyberpunk, et si quelque chose de bien arrive il ne fait guère de doute qu’il faudra en payer le prix à qui de droit. Mais ce n’est pas désespérant, car dans ce monde de merde il y a tellement de gens qui se battent (souvent entre eux) pour un monde meilleur qu’il devrait bien y en avoir un à triompher… Non ?

Et pendant que le personnage acquiert un peu de maturité, et de brouzoufs, l’univers évolue, avec ou sans lui. Non seulement par des nouvelles venant d’autres lieux, mais aussi quand il repasse dans des lieux déjà visités, retourne saluer de vieilles connaissances. C’est une technique simple mais souvent peu utilisée, peut-être parce qu’elle demande à l’intrigue de s’étaler sur plusieurs années. Elle est tout cas bien utilisée car elle donne ici le sentiment d’un univers vivant, évoluant, qui n’est pas qu’un cadre pour le héros. Elle donne aussi un certain relief aux conflits qui sont mis en scène : leur issue n’influence pas qu’un épilogue.

Ce livre est donc un petit trésor, à la croisée des genres, avec certainement des maladresses qui se cachent sous l’excellence et que je n’ai pas pris le temps lors de ma lecture de relever. Qui ne devraient donc pas l’être. Qui n’entachent pas l’immense plaisir que j’ai eu à lire ce livre.

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2 Responses to Schismatrice +, de Bruce Sterling

  1. capt everton says:

    Passé quelques difficultées stylistiques (nombre important d’ellipse) la shismatrice est un des meilleurs livres de S.F que j’ai pu lire.

    Nous ne sommes pas loin du drame Shakespearien, (dans le sens ancien de la satyre ou tout les styles sont mélangés) ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Lindsay décide d’ouvrir un théâtre.

    Le héros ne manque pas d’une certaine classe à l’anglaise où rien ne semble ne l’atteindre, nous avions déjà rencontré ce type de personnage dans la baleine des sables.
    Il y a toutefois une véritable profondeur psychologique chez Lindsay qui est loin d’être tout à fait le même au début et à la fin du livre

    http://sfsarthe.blog.free.fr

    • Imrryran says:

      J’ai tendance à penser que les ellipse, et la narration éclatée d’une manière générale, fait partie du style cyberpunk et s’intègre bien dans les thèmes portés par le genre. On retrouve aussi cela dans les derniers livres de Gibson, mais cette fois entre différents personnages.

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