L’Âge de diamant, de Neal Stephenson

L'Âge de diamantDéjà rencontré pour son très bon Zodiac, Neal Stephenson a aussi écrit ce livre qui me semble-t-il n’est pas parmi les plus connus qu’il ait fait. L’univers se situe dans un futur proche où le monde a été bouleversé par les nanotechnologies, aboutissant à un fractionnement de la population en communautés isolées, chacune utilisant les nanotechs pour mettre en place son utopie personnelle, avec un certain nombre de laissés pour compte survivant aux marges des « claves » refermés sur elles-même. Le contexte culturel par contre est explicitement inspiré des colonies et comptoirs anglais en Chine au XIXe, situé dans une grande ville côtière chinoise. Les chinois rappellent ceux des enquêtes du Juge Ti, technologie avancée en plus, seigneurs de guerre et philosophie confucianiste compris. Les anglais sont des néo-victoriens, comme le montre d’ailleurs assez bien l’image de couverture, maniant dernier cri technologique et revival de l’âge d’or de l’empire.

On y suit différents personnages dont les vies s’entremêlent et dont les thèmes différents apportent une diversité bienvenue, permettant de cerner la société présentée depuis différents points de vue, mais en développant différentes intrigues. Ainsi la petite Nell évolue au cœur d’un roman d’apprentissage, tandis que Hackworth est le sujet d’un polar. Plongés au cœur d’un univers cyberpunk on suit avec fascination et plaisir leur évolution, leurs tourments et leurs joies. En aucune manière plats, les personnages principaux vivent et respirent le réel malgré la société carburant à l’imaginaire dans laquelle ils cherchent leur place. Entre Dickens et le Juge Ti, il est effectivement difficile de trouver le bonheur ou le repos.

L’auteur utilise une méthode à mon avis très intéressante pour expliciter la psychologie de ses personnages. En effet l’intrigue est centrée autour d’un livre, le Manuel illustré d’éducation pour jeunes filles. Ce livre intelligent, dont la lectrice est le héros, lui permet de vivre en simulation de nombreuses situations, inspirées des Milles et Une Nuits ou des contes des frères Grimm, qui forment son caractère. Cela permet de sortir les personnages du cadre réel pour montrer leurs actes, et l’évolution de leurs choix moraux tout au long du livre, permettant d’éviter l’écueil si courant  du paragraphe d’explication psychologie. Il montre au lieu de dire et c’est très bien joué, permettant tout à la fois de développer ses personnages, de faire progresser son intrigue et de décrire son univers.

L’intrigue elle-même n’est pas extrêmement complexe, juste ce qu’il faut pour tenir en haleine. Découvrant l’univers, le lecteur a bien du mal à prédire des rebondissements qui sont parfaitement cohérents une fois explicités et si on n’a que peu souvent la satisfaction d’avoir anticipé sur les personnages on profite à fond de la découverte. Car si le roman est centré sur les néo-victoriens, bien d’autres communautés sont décrites avec plus ou moins de précision, laissant l’impression forte d’avoir affaire à un univers baroque complexe, dont une seule (ou deux dans la seconde partie) face serait décrite.

Un univers où tout est possible, mais où justement ces possibilités bloquent toute évolution. Car une fois une utopie mise en place et ses habitants convaincus d’être dans le meilleur des mondes, pourquoi en changer ? C’est un des thèmes du livre : et si les idéaux prônés par certains groupes allaient à l’encontre de leur société idéale ? Si se développait alors une double-pensée, ou des oeillères, évitant de voir que les principes directeurs d’une idéologie contredisent le fait même d’avoir une idéologie. Stephenson ne donne pas de réponse magique, il pose la question et présente quelques éléments de réponse. Et au final ce traitement est plus intéressant qu’une vérité assénée sur la fin.

C’est aussi peut-être cela qui laisse à la fin du livre un sentiment d’inachevé. Très bien écrit, bien pensé, agréable à lire, haletant même par moments, la fin peut semble trop courte, ne dénouant pas tous les nœuds de l’intrigue, seulement les principaux, ne répondant pas à toutes les questions du lecteur qui peut en être frustré. Est-ce une raison pour ne pas lire ce livre ? Certainement pas, c’est une bonne raison pour en lire d’autres dans le même univers.

 

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4 Responses to L’Âge de diamant, de Neal Stephenson

  1. Benoit says:

    Je suis un peu hors sujet mais je trouve la couverture du bouquin pas vraiment belle. J’ai toujours trouvé que les couvertures trop « dessin » dans ce genre ne donnent pas envie d’acheter le livre… C’est le contenu qui est important vous me direz, mais la forme et la présentation sont importants aussi.

    sinon, a propos de la critique elle-même, c’est vraiment l’avant dernier paragraphe qui me donne envie de lire ce livre. Ce genre de morale caché dans un livre que j’ai souvent du mal à repérer (du moins à la première lecture) mais qui sont vraiment importantes pour apprécier un livre.

    • Imrryran says:

      Littérature de genre => littérature « de gare » => couvertures flashy pour se démarquer du voisin. Avec en plus en SF l’influence des livres américains, pulps ou pas. C’est certain que les couvertures de 10/18 font plus sérieuses, mais c’est une collection généraliste.

      Je préfère largement un beau dessin aux couvertures en 3D hideuse d’ailleurs et demain.

    • Asmodeus says:

      C’est quand même Manchu l’illustrateur de la couv’. C’est un des meilleurs illustrateur de SF de France.
      La collection livre de Poche a souvent bien choisi ses illustrateurs.
      Ceci dit, les couvertures peuvent parfois rebuter le chaland. Un des meilleurs livre d’Heroïc Fantasy, Les Jardins de la lune de Steven Erikson avait une couverture tellement horrible et clichée que je suis passé longtemps à coté.

      Pour rejoindre Imrryran, Les couvertures d’Ailleurs et Demain étaient très belle quand elle était monochrome Argentées, cuivrées ou dorées avant de passer hideusement à la 3D (ils sont depuis revenu au ancienne couvertures).

      C’est tout un savoir faire éditorial la couverture et même le papier d’impression. Coté Atalante par exemple c’est la catastrophe, ils ont changé le papier et aussi l’illustration et le grammage des couvertures (couverture lisse). Cela enlève le coté bel objet des livres de l’atalante ce qui compte quand même quand on paye un livre plus de 20€.

      • Imrryran says:

        Il me semble que pour Ailleurs et Demain, les hideuses couvertures étaient le fait de la femme (ou la compagne) du directeur de la collection, Gérard Klein. Ceci dit même si leurs choix graphiques sont indéfendables, littérairement cela reste une bonne collection, un peu conservatrice mais de très bonne tenue.

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