La Civilisation médiévale, de Jacques Le Goff

La civilisation de l'Occident médiévalComme promis sur ce billet, voici la présentation d’un livre d’histoire que j’ai particulièrement apprécié. Ce livre d’histoire, comprendre écrit par un historien, pour des historiens, fut pour moi un régal. Il présente une vision du Moyen Âge qui tranche clairement avec les fantaisies de contes de fée ou les représentations hollywoodiennes de cette époque.

En effet on y découvre un univers médiéval en pleine effervescence, qui au-delà de la croyance chrétienne profondément ancrée cherche à trouver sa voie vers le bonheur, dans ce monde ou dans l’autre. C’est un monde en révolution lente, économique, sociale et culturelle, qui déroule son histoire page après page, texte après texte. Un monde qui emprunte tout à la fois aux restes de l’empire romain, aux savants grecs ou arabes et développe sa propre pensée originale.

L’auteur présente différents points de vue, souvent ceux de clercs, moines ou ecclésiastiques. Tous éclairent le sujet, dressant un portrait vivant de l’époque. Il en profite pour battre en brèche ou revisiter quelques clichés comme les peurs de l’an mil, l’obscurantisme de l’église, l’esclavage des serfs ou les chasses aux sorcières. Car c’est peut-être ce qui fut pour moi l’apport principal de ce livre : le Moyen Âge n’est pas une période de déclin, ni une période de transition. C’est une période multiple, le XIIe siècle n’ayant plus grand chose à voir à voir avec le VIIe siècle. Les XIIe et XIIIe siècles sont justement une période de renaissance, à la fois culturelle et économique après la désorganisation qui a suivi la fin de l’empire romain.

L’Église y est aussi présenté sous un jour nouveau. Ce n’y est pas l’organisation totalitaire, obscurantiste et monolithique qu’on présente souvent. Au contraire Le Goff met en lumière son rôle dans la préservation du savoir et des structures politiques antiques jusqu’au XIe siècle, les monastères étant des sources de savoir irriguant toute la société, répandant à la fois l’espoir et la connaissance, échangeant intellectuellement à travers toute l’Europe catholique. C’est aussi dans le cadre de l’Église, avec la protection de dignitaires ecclésiastiques que se lancent les universités, pour approfondir la théologie. Enfin l’Église médiévale est traversée durant toute la période par différents courants, qui cherchent à la réformer, lui redonner la grandeur perçue dans l’âge d’or de l’empire romain.

C’est aussi le tableau d’un moyen âge socialement complexe, où si chacun y a sa place il arrive d’en changer, soi-même ou par ses enfants. Les serfs peuvent aller coloniser les nouvelles terres franches aux quatre coins de l’Europe, les marchands cherchent à asseoir leur statut officiellement, les bourgeois améliorent leur niveau de vie et leur pouvoir politique, les nobles seuls semblent décliner, coincés entre une société qui évolue hors de leurs domaines et des royaumes qui s’affirment de plus en plus, par la justice et l’impôt.

On peut certainement trouver à redire à ce tableau. Tout d’abord les textes cités proviennent surtout de clercs et peu d’allusions sont faits aux découvertes archéologiques. Ensuite on sent percer quand il s’agit de luttes sociales, notamment au sujet des villes, une rhétorique marxiste qui ne me semble pas très à propos. Parfois aussi l’auteur fait l’économie d’une analyse des motivations des clercs dont il utilise les textes. Ce sont certainement des défauts pour une œuvre d’historien, cela ne pose au final guère de problème aux lecteurs qui sauront aller chercher ailleurs d’autres sons de cloches. Au final reste l’impression d’un moyen âge lumineux, qui brouille les frontières apprises à l’école entre antiquité, moyen âge et renaissance, quelque chose de foncièrement neuf pour qui ne s’est pas particulièrement intéressé aux débats universitaires entre médiévistes.

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6 Responses to La Civilisation médiévale, de Jacques Le Goff

  1. Asmodeus says:

    Excellente Critique.
    J’étais un peu passé dessus quand tu l’as écrite.
    Le Goff est une des médiévistes qui a le plus fait pour la vulgarisation de la période du moyen âge. Notamment, il s’est toujours battu contre ce préjugé tenace qui dit que le moyen-âge est un âge d’obscurantisme, sombre et et infiniment moins évolué que la période romaine.

    • Imrryran says:

      Avec Duby c’est clairement une référence. Par contre il est vrai qu’il a tendance à peut-être, parfois, idéaliser le moyen-âge. De même il a tendance à plaquer une analyse marxisante sur les rapports sociaux.

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