Bohème, de Mathieu Gaborit

BohèmeJe ne suis pas un adepte de Mathieu Gaborit, je le dis tout de suite. Aussi bien ses romans que ses nouvelles ne m’ont jamais convaincus. J’espérais ce coup-ci en avoir une meilleure impression.

Ce livre se veut une uchronie (c’est la raison pour laquelle je l’ai acheté lors d’une razzia à la FNAC) ou lors de la révolution industrielle du XIXe siècle une substance extrêmement corrosive est apparue sur la surface de la terre. Nommée l’écryme, elle a chassé les populations dans des villes et des traverses suspendues par des constructions dignes d’Eiffel, plusieurs mètres au-dessus des terres. Les villes sont contrôlées par une aristocratie capitaliste. Soit, une caricature de la révolution industrielle et de l’acide. Ça se défend a priori.

Découpée en trois longues nouvelles, l’histoire se déroule donc dans le futur à la temporalité incertaine d’une réalité alternative où se déroulent les aventures d’une jeune (et je suppose jolie) avocate-duelliste, de Prague à Moscou. Elle va enchaîner une suite de voyages périlleux et rocambolesques pour faire triompher la révolution rouge dans cet univers marqué, balafré même, par l’écryme. Il s’agit bien ici d’aventures à cheval entre le feuilleton et le pulp, qui ne s’attardent pas sur les paysages pour faire foncer l’histoire.

Et c’est bien là que le bât blesse. Car si l’univers pourrait être magnifique, il est sous-traité, au moins même qu’on ne sache pas vraiment à quoi ressemblent ces villes qui échappent à l’écryme, dans lesquelles se passe une bonne partie de l’intrigue, voire même comment elles y échappent. Les traverses métalliques pourraient être le théâtre de nombreuses descriptions steampunk ou post-apo mais le trait reste vague, grossier, sans l’emphase qui sied au genre. Les personnages sont du même tonneau, caricaturaux mais pas truculents, peu remarquables en fait quand on en sait un peu plus sur eux. Un univers peu développé donc, pourtant exotique, mais dont toutes les parties sur lesquels le regard des personnages se concentre font carton-pâte sur lequel la caméra passe trop vite, ne produisant pas d’émerveillement, juste de la curiosité déçue.

Au final l’univers n’est qu’une simple caricature de la révolution industrielle (chevalier du capital, baron de la production, Propagande qui fait la jointure entre la police secrète et l’opium du peuple, luttes sociales, traverses campagnardes féodales et arriérées, révolution moscovite d’obédience léniniste…) où les éléments les plus caractéristiques ont été magnifiés, avec de l’écryme (la pollution ?) infestant les campagnes et justifiant du maintien du statu quo. C’est dire qu’il n’y a guère d’explication de l’histoire entre notre révolution industrielle et la situation décrite dans le livre. D’autres coins du monde (France, Angleterre, Empire Ottoman) sont évoqués mais ce qui est laissé en pâture à l’amateur de monde uchronique est bien mince, quelques clichés tout au plus, alors que l’idée de départ aurait j’en suis sûr pu donner quelque chose d’autrement passionnant.

L’intrigue elle-même n’est pas folichonne, ça se suit sans trop réfléchir, attendant le prochain coup du sort, le prochain deus ex machina. Sans trop d’espoir au final de voir le récit émerger. Sans s’ennuyer ceci dit. Même si les ficelles sont grosses elles portent rapidement le lecteur vers la fin, sans vraiment qu’il ait le temps ou l’envie de s’attacher aux personnages. Sans forcément qu’il y comprenne grand-chose d’ailleurs, car plus le livre avance plus les fils s’emmêlent. Quelque part cela m’a davantage fait penser à une partie de jeu de rôle qu’à une intrigue de roman, comment souvent avec Gaborit. Décidément je ne suis pas amateur des feuilletons du XIXe ou de leurs imitations.

Uchronie ratée, aventures sans intérêt, personnages plats, décors absents. Un livre somme toute fort peu réussi, qu’on lit et qu’on oublie. A tel point que je ne me souvenais pas de l’avoir lu il y a deux semaines avant de le retrouver sur ma pile à ranger.

Certains et d’autres ont plus apprécié ce livre que moi, au moins la première nouvelle. Peut-être suis-je trop exigeant ? En tout cas je n’aime pas voir gâcher une bonne idée, et un univers qu’on devinait prometteur.

Publicités

4 Responses to Bohème, de Mathieu Gaborit

  1. Asmodeus says:

    A la grande époque des jeux de rôles où il en sortait un chaque mois, ils ont fait un jeu de rôles sur chacun des univers de Gaborit, dont Ecryme qui se déroulait dans l’univers des romans Boheme.

    J’ai eu le jeu entre les mains pas longtemps et l’univers semblait très bien.

    Mais bon vu ta critique je n’achèterai le livre que si c’est la disette (je lirai d’abord les falsificateurs, ça a l’air bien plus alléchant).

    Bonne continuation dans tes critiques.

    • Imrryran says:

      Je pense aussi que l’univers peut être très intéressant et Gaborit a certainement de bonnes idées, Agone par exemple en jeu de rôle, mais leur présentation ici est navrante.

  2. Ping : L’Instinct de l’équarrisseur : Vie et mort de Sherlock Holmes, de Thomas Day

  3. Ping : Confessions d’un automate mangeur d’opium, de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s